19/12/2025
Nouvelle lettre de Jean Pélissier, Praticien en Médecine Traditionnelle Chinoise.
Chèr(e)s ami(e)s,
À l’approche de Noël et des fêtes de fin d’année, un temps particulier s’ouvre devant nous.
Dans mon nouvel « Éloge de la page blanche », je vous invite à accueillir ce moment de l’année comme une respiration profonde.
La fin d’une année est une page que l’on referme doucement, non pour juger ce qui a été écrit, mais pour en reconnaître le chemin parcouru. Joies, épreuves, rencontres, silences… tout a contribué à nous façonner.
En Médecine Traditionnelle Chinoise comme dans le taoïsme, le vide n’est jamais un manque. Il est un espace fertile. C’est dans le vide que le Qi circule, que le cœur s’apaise, que l’esprit retrouve sa clarté. C’est dans ce vide que la vie se régénère.
Les fêtes de fin d’année sont une invitation à cela : poser le stylo un instant, déposer les tensions, laisser s’effacer ce qui n’a plus lieu d’être.
Puis, doucement, reprendre la plume.
Que souhaitons-nous inscrire sur la page à venir ?
Plus de douceur, plus de présence, plus de justesse ?
Un regard plus bienveillant sur nous-mêmes, sur les autres, sur la vie telle qu’elle se présente ?
La page blanche nous enseigne que rien n’est figé. Chaque matin est une nouvelle chance d’ajuster notre posture, notre souffle, notre manière d’être au monde. Elle nous rappelle que nous restons, jusqu’au bout, les artisans de notre chemin intérieur.
À l’aube de Noël et de la nouvelle année, je vous souhaite de tout cœur des fêtes lumineuses, paisibles et habitées de sens.
Puissiez-vous offrir et vous offrir ce cadeau rare : un espace de silence, de présence et de renouveau.
✨ Joyeux Noël et très belles fêtes de fin d’année ✨
Avec toute mon amitié,
Jean Pélissier
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ÉLOGE DE LA PAGE BLANCHE
Il est des silences qui contiennent toutes les promesses. La page blanche en fait partie. Souvent redoutée, elle est pourtant le berceau de l’infini, l’espace où tout peut prendre forme, le territoire du possible.
François Cheng l’exprime avec justesse : « Chaque jour, il faut repartir de la feuille blanche, plonger en soi, se mettre en quête de vérité et de beauté. »
Dans cette pureté immaculée réside l’invitation à renaître, à inscrire, avec conscience, les traces de notre passage.
Chaque jour est une page blanche.
Une vie entière peut s’y résumer, tant il est vrai que chaque lever de soleil condense le cycle même de l’existence. Le matin, promesse d’éveil et d’élan, porte l’innocence de l’enfance.
Le midi incarne l’apogée, l’ardeur de la maturité, où tout semble encore possible. Puis vient l’après-midi qui amorce le déclin, et enfin, le soir, qui s’abandonne dans la nuit. Cette nuit que les Chinois appellent la « petite mort », ce passage où l’esprit se détache du corps, avant d’être rappelé à l’aube suivante.
Ainsi va le rythme du monde, entre le plein et le vide, le visible et l’invisible. À travers cette alternance, une grande sagesse s’offre à celui qui sait observer. Tout, dans la nature, suit cette respiration cosmique : le flux et le reflux des marées, la montée et la descente du souffle, la germination et la chute des feuilles. Le Yin et le Yang s’entrelacent dans cette danse perpétuelle. Rien n’est immobile, rien n’est définitif. Chaque journée est un passage, une transition entre ce qui fut et ce qui sera.
Pourtant, au sein de cette impermanence, des épreuves surgissent de nulle part, de même que des instants de grâce viennent nourrir notre âme. Le cœur s’emballe, s’apaise, s’illumine, se replie. Tout cela advient sans crier gare. Mais ce qui importe, ce n’est pas tant ce qui arrive que la façon dont nous y répondons.
La sagesse taoïste nous enseigne que le Wu Wei, l’art du non-agir, n’est pas une soumission aux événements, mais une manière de les traverser sans être emporté. Comme l’eau épouse la forme de la roche sans jamais cesser son mouvement, l’homme éveillé ne résiste pas, ne s’accroche pas : il laisse la vie circuler à travers lui.
Il en est de même pour l’art de nourrir la vie, le Yang Sheng Fa, qui nous rappelle que chaque action, chaque pensée, chaque respiration est une encre déposée sur la page blanche de notre journée.
Respirer profondément au matin, boire une eau tiède pour réveiller le feu digestif, avancer d’un pas fluide et conscient… Tout ce que nous faisons façonne notre énergie, influe sur notre vitalité. Le Qi suit l’intention, et ce que nous semons dans notre corps et notre esprit aujourd’hui déterminera notre équilibre de demain.
Et puis, vient la nuit. En fin de journée, qu’avons-nous inscrit sur cette page blanche ? Quels mots, quels gestes, quelles émotions ? De la douceur ou de la précipitation, des rires ou des silences lourds, un regard d’amour ou une parole malhabile ? Mais surtout, qu’avons-nous appris pour nourrir notre âme ? Avons-nous grandi en sagesse, en bienveillance, en compréhension de nous-mêmes et des autres ? Le soir venu, il est bon de contempler cette œuvre du jour, non pas pour juger, mais pour observer. Ai-je suivi l’élan naturel de la vie ou me suis-je heurté à mes propres résistances ? Ai-je laissé le Tao s’écouler en moi ou ai-je tenté de lui imposer ma volonté ?
Rien de ce qui est inscrit aujourd’hui ne l’est à jamais. Ce qui fut consigné sur la page du jour s’efface dans la nuit, se fond dans l’invisible.
Demain, une autre page nous attend, immaculée, intacte. Chaque matin, nous avons l’opportunité de reprendre la plume, d’ajuster notre posture, de réajuster notre souffle. Rien n’est figé, tout est en perpétuelle écriture.
La page blanche n’est donc pas un vide à redouter, mais un espace de liberté et de renouveau.
Elle rappelle que rien n’est définitivement tracé, que chaque jour nous est donné comme un terrain d’expérience et d’évolution. Écrire sa vie, c’est avant tout accepter d’embrasser le silence de l’origine pour mieux entendre la musique du monde.
Jean Pélissier
(Illustration de l'auteur)
LIEN POUR ACCEDER A LA VIDEO DE CET ELOGE :
https://www.youtube.com/watch?v=h6yBy6-zGHo