24/01/2026
Nouvelle lettre de Jean Pélissier, Praticien en Médecine Traditionnelle Chinoise,
"Eloge du jardin secret".
Chèr(e)s ami(e)s,
Face au tumulte extérieur, aux agressions multiples, aux informations anxiogènes qui saturent nos journées et dispersent nos esprits, il devient de plus en plus difficile de rester relié à soi, de conserver un axe intérieur stable, un espace où le souffle peut encore se poser sans être immédiatement happé par le bruit du monde.
Il suffit parfois d’un geste simple — éteindre un téléphone, fermer une application, interrompre le flux continu d’informations — pour sentir à quel point notre attention, notre énergie et même notre paix intérieure sont devenues des territoires fragiles, constamment sollicités, fragmentés, mis sous tension.
Et pourtant, le Ciel, la vie, ou si l’on veut la sagesse du vivant, nous a donné bien plus que ce monde extérieur agité.
Il nous a donné un espace infini de liberté intérieure.
Un lieu silencieux, intact, inviolable.
Un jardin secret.
Ce jardin secret n’est pas un refuge pour fuir le réel, ni un luxe réservé à quelques initiés.
Il est une nécessité vitale, un espace de régénération, de clarté et de cohérence, sans lequel l’être humain s’épuise, se durcit, se perd.
Dans les traditions taoïstes et dans la médecine traditionnelle chinoise, cet espace intérieur n’est pas seulement évoqué : il est cultivé, entretenu, protégé.
Les méthodes de Yang Sheng Fa, ces pratiques de “nourrissement de la vie”, ont précisément été conçues pour nous permettre d’y accéder, d’y revenir, encore et encore, quelles que soient les circonstances extérieures.
En ce début d’année, après les vœux, après les intentions, peut-être est-il juste de faire un pas de plus :
non pas ajouter de nouvelles résolutions,
mais retrouver un lieu.
Un espace.
Un rythme.
C’est dans cet esprit que je vous propose aujourd’hui ce nouvel Éloge, "Eloge du jardin secret", comme une invitation douce à préserver ce qui, en vous, ne demande qu’à rester vivant, libre et silencieux.
Avec toute mon amitié,
Jean Pélissier
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ÉLOGE DU JARDIN SECRET
« Il existe en nous un lieu de silence, un espace sacré, inviolable, où se tient notre être véritable. »
Cette phrase lumineuse de François Cheng illustre à merveille ce que je souhaite évoquer ici : ce lieu intérieur, invisible aux autres, que chacun porte en lui comme un sanctuaire. Un espace silencieux où réside notre vérité la plus intime… notre jardin secret.
Il m’arrive souvent, en pleine conversation avec quelqu’un, de me dire intérieurement : « Tu ne peux pas imaginer ce que je pense. » Et je souris doucement. Non pas par moquerie, mais parce que cette pensée me rappelle une vérité profonde : chacun porte en lui un lieu invisible, intime, inviolable… Un jardin secret.
C’est un fait : nous avons tous notre scène de théâtre. Nous parlons, agissons, sourions, prenons part à la comédie humaine. Nous sommes des êtres sociaux, avec des rôles à tenir, des habits à enfiler selon les circonstances, des paroles à prononcer. C’est le monde du paraître.
Mais derrière la scène, dans les coulisses de l’âme, il y a tout un univers parallèle. Insondable. Intouchable. Un territoire que personne ne peut pénétrer sans notre accord. Même pas les plus fines intelligences artificielles, qui ne font que capter notre surface, jamais notre sève.
Le jardin secret, c’est cela : une parcelle d’éternité à l’intérieur du chaos. Un souffle silencieux dans le tumulte. C’est le lieu de la vraie liberté. Là où l’on pense ce que l’on veut, où l’on rêve sans contraintes, où l’on aime, doute, espère, rit et pleure sans devoir se justifier.
On pourrait presque parler de douce schizophrénie… Nous sommes à la fois l’être et le paraître. Ce que nous montrons, et ce que nous taisons.
Mais le jardin secret n’est pas une fuite. C’est une racine. Une ancre. Une soupape de sécurité, oui, mais aussi une source de créativité, d’intuition, de résistance.
Le Tao nous enseigne que ce qui est visible n’est qu’une fraction du réel. Le plus précieux est toujours caché. Le jade, dit-on, dort sous la terre. Et l’âme, le Hun, plane librement, bien au-delà des mots.
Avoir un jardin secret, c’est cultiver en soi un espace sans clôture, où le regard de l’autre ne pénètre pas. Un lieu d’où peut jaillir la beauté, la poésie, la sagesse… Un lieu d’où l’on revient plus vivant, plus aligné. Et parfois, sans même le dire, ce que l’on a cueilli dans ce jardin secret parfume notre parole, éclaire nos gestes, apaise nos colères.
Même les anciens sages taoïstes, pourtant si silencieux, savaient cela. Ils passaient des heures à contempler un brin d’herbe ou une goutte de rosée… mais dans leur cœur, un jardin immense fleurissait. C’était leur royaume. Invisible aux yeux du monde, mais si riche.
Et toi ? Quand as-tu arrosé ton jardin pour la dernière fois ?
Et puis, il y a ces voix populaires, vibrantes, qui rappellent avec une simplicité désarmante que rien ni personne ne pourra jamais confisquer ce qui se passe à l’intérieur de nous.
Comme celle de Florent Pagny, qui dans sa chanson « Ma liberté de penser », ose dire ce que tant ressentent sans toujours le formuler :
« On peut m’ôter tout ce que j’ai,
Mes chansons, mes amis, mes idées…
On peut même me voler mes rêves,
Mais jamais ma liberté. »
Et plus loin, il martèle, avec cette voix que rien n’éteint :
« Personne
Ne pourra
M’enlever
Ma liberté de penser. »
Ce dernier vers pourrait être gravé à l’entrée de notre jardin secret.
Celui qui, en silence, nous garde debout, vivants, libres.
Celui qu’aucune technologie, aucune pression sociale, aucune tempête extérieure ne pourra jamais atteindre.
Parce qu’il est le souffle du Hun. Parce qu’il est notre ultime refuge.
Et peut-être, aussi, le lieu de notre véritable renaissance.
Texte écrit et lu par Jean PELISSIER
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Il existe en chacun de nous un lieu silencieux, un espace intact, un jardin secret que nul ne peut violer.Dans ce nouvel « Éloge du jardin secret », je...