03/02/2026
Cher David Ciussi , ton enseignement est une source claire et intarissable où je viens puiser force, confiance et émerveillement.
Te retrouver ce matin à la lecture de cette phrase : « On a tous une larme qu’on n’a pas encore pleurée, » allume et nourri une fois de plus ma flamme intérieure .
Cette larme invisible n’est pas forcément de tristesse.
Elle est mémoire de l’âme, réserve silencieuse de ce que je n’ai pas encore osé ressentir pleinement. Elle contient les deuils ajournés, les pardons différés, les vérités repoussées par peur de se briser.
Cette larme est comme un seuil.
Tant qu’elle demeure en moi, quelque chose reste inachevé : une mue qui attend son heure, une nuit qui précède l’aube. Elle n’est pas faiblesse, mais promesse. Car ce qui n’a pas encore été pleuré n’a pas encore été transfiguré.
Je passe ma vie à retenir cette larme, par orgueil, par protection, par habitude de tenir debout. Pourtant, l’âme ne guérit pas en serrant les dents, mais en laissant l’eau couler. Dans de nombreuses traditions spirituelles, les larmes sont sacrées : elles lavent le regard, rendent le cœur plus perméable au réel, rapprochent de l’essentiel.
Pleurer cette larme, le moment venu, ce ne sera pas m’effondrer.
Ce sera consentir. Consentir à ce qui a été, à ce qui n’a pas été, à ce qui ne sera jamais. Ce sera déposer les armes face à la vie et dire : je n’ai plus besoin de faire semblant d’être invulnérable.
Et alors, paradoxalement, cette larme libérée deviendra lumière.
Elle ouvrira un espace neuf, où la compassion pour soi s’étend aux autres. Car celui qui a pleuré sa larme cachée reconnaît celle qui tremble dans les yeux du monde.
Amis, nous avons tous comme le dit mon ami David, cette larme en réserve. Elle ne demande ni urgence ni violence. Seulement d’être accueillie, un jour, quand l’âme sera assez sûre pour s’ouvrir.
Et quand elle coulera, elle ne dira pas « je suis brisée », mais :
« Je suis vivante, entière, et enfin vraie. »
Marthine Enpaix