09/01/2026
Bonjour les entraîdeurs,
Ce sujet mérite une réponse longue et une lecture attentive. Je vous invite à tout lire s'il vous plaît.
Tout ceci est factuel, scientifique, et absolument correct sur le plan juridique.
À noter qu’un témoignage du type « ça a marché sur moi » ne constitue en aucun cas une preuve scientifique. Une expérience individuelle, aussi sincère soit-elle, ne remplace pas une évaluation scientifique rigoureuse basée sur l’analyse de nombreuses études, comme celles que je cite explicitement plus bas.
L’objectif ici n’est pas de ridiculiser le laser ni de décourager qui que ce soit, mais d’expliquer calmement, factuellement et avec bienveillance ce que dit la science, pourquoi certaines personnes arrêtent « après » une séance de laser, et pourquoi cela ne permet pas d’affirmer que le laser est la cause de l’arrêt.
À noter aussi que ce genre de séance coûte 250 €. Parfois un peu moins. Avec un personnel non médical. Cela aussi est factuel.
1. Corrélation et causalité (avec des mots simples)
* Corrélation : deux choses arrivent en même temps.
Exemple : « j’ai fait une séance de laser et j’ai arrêté de fumer ».
* Causalité : l’une est la cause directe de l’autre.
Exemple : « j’ai arrêté de fumer grâce au laser ».
Le piège est très humain : quand on fait A, puis que B arrive, on conclut naturellement que A a provoqué B.
Mais il peut exister un troisième facteur beaucoup plus puissant : le fait d’être prêt mentalement, d’avoir déjà mûri la décision, consciemment ou inconsciemment.
Donc oui, on peut arrêter après le laser.
Mais non, cela ne prouve pas que le laser est le mécanisme qui a traité la dépendance.
2. Ce que dit la science : la r***e Cochrane (2014)
Cochrane est une référence internationale en médecine fondée sur les preuves.
Elle a évalué l’acupuncture et les techniques associées, dont la stimulation par laser sur des points dits d’acupuncture, dans l’arrêt du tabac.
Conclusion (en langage simple) :
Il n’existe pas de preuve solide, cohérente et durable (à 6 mois ou plus) montrant que l’acupuncture, l’acupression ou le laser sont efficaces pour arrêter de fumer. Les études sont très hétérogènes et souvent à risque de biais. On peut parfois observer des effets à court terme, mais pas de démonstration robuste d’un bénéfice durable.
Références Cochrane officielles :
Résumé grand public Cochrane :
[https://www.cochrane.org/evidence/CD000009_do-acupuncture-and-related-therapies-help-smokers-who-are-trying-quit](https://www.cochrane.org/evidence/CD000009_do-acupuncture-and-related-therapies-help-smokers-who-are-trying-quit)
Page Cochrane Library (version scientifique, avec DOI) :
[https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD000009.pub4/full](https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD000009.pub4/full)
Référence bibliographique complète :
White AR, Rampes H, Campbell JL. Acupuncture and related interventions for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2014; CD000009. DOI: 10.1002/14651858.CD000009.pub4
3. Pourquoi certaines personnes arrêtent réellement après un laser (sans que le laser soit la cause)
Il existe plusieurs mécanismes bien connus en médecine et en psychologie :
* La préparation mentale : souvent, la décision d’arrêter est mûrie depuis longtemps. Le laser devient le « jour J ».
* Le rituel : un rendez-vous, une séance, une date marquée. Les rituels ont un vrai pouvoir sur nos comportements.
* L’effet placebo (au sens scientifique) : le contexte de soin, l’attente positive et la confiance peuvent diminuer la perception du manque et renforcer la confiance.
* L’engagement financier (par exemple 250 €) : sans jugement, c’est humain. Dépenser une somme importante renforce la motivation à « rentabiliser » l’effort.
* Le regard des autres : annoncer « j’ai fait quelque chose pour arrêter » augmente la cohérence et l’engagement, que ce soit par un proche ou via des avis positifs en ligne. De façon factuelle, il existe aussi des avis négatifs, et dans mon expérience professionnelle de tabacologie, je reçois régulièrement des personnes en difficulté après ce type de séance, notamment lorsqu’elles n’ont pas bénéficié des traitements validés (comme les substituts nicotiniques) permettant de gérer correctement le manque.
Ces mécanismes peuvent conduire à un arrêt réel et durable.
Mais ce sont des leviers motivationnels et contextuels, pas la preuve d’un effet biologique spécifique du laser.
4. Pourquoi un point lumineux sur l’oreille ne correspond pas à la réalité de la dépendance au tabac
La dépendance au tabac est une dépendance avec des mécanismes neurobiologiques identifiés, associée à des dimensions psychologiques et comportementales.
4.1 La dépendance physique à la ni****ne (version simple)
La ni****ne se fixe sur des récepteurs spécifiques dans le cerveau appelés récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine.
Quand la ni****ne arrive, ces récepteurs s’activent et déclenchent, entre autres, une libération de dopamine (circuit de la récompense).
Avec le temps, le cerveau s’adapte.
Quand la ni****ne manque, apparaissent des symptômes de sevrage : irritabilité, agitation, envies impérieuses, troubles du sommeil, etc.
Sources pédagogiques fiables :
[https://www.brainfacts.org/thinking-sensing-and-behaving/diet-and-lifestyle/2012/ni****ne](https://www.brainfacts.org/thinking-sensing-and-behaving/diet-and-lifestyle/2012/ni****ne)
[https://nida.nih.gov/publications/research-reports/to***co-ni****ne-e-ci******es/how-does-to***co-deliver-its-effects](https://nida.nih.gov/publications/research-reports/to***co-ni****ne-e-ci******es/how-does-to***co-deliver-its-effects)
4.2 Pourquoi la cigarette « soulage » si vite
La cigarette délivre la ni****ne extrêmement rapidement.
La ni****ne inhalée atteint le cerveau en quelques secondes.
Ce « shoot » rapide soulage immédiatement le manque, et ce soulagement est souvent interprété comme de la détente ou du plaisir, alors qu’il s’agit en grande partie de la disparition temporaire du manque.
4.3 La dépendance psychologique, comportementale et identitaire
Au-delà de la biologie, il existe :
* les habitudes (café = cigarette, pause = cigarette, voiture = cigarette)
* la gestion des émotions (stress, ennui, colère)
* l’identité (« je suis fumeur », « c’est mon moment à moi »)
Il est difficilement crédible scientifiquement qu’un stimulus local unique (un point lumineux sur l’oreille) puisse, à lui seul, modifier durablement ces dimensions complexes.
5. Le biais de confirmation : « ça a marché sur untel, donc ça marchera sur moi »
Deux biais cognitifs très puissants interviennent souvent :
* Biais de sélection : on entend surtout les témoignages positifs. Les échecs s’expriment beaucoup moins.
* Biais de confirmation : si j’arrête après le laser, je conclus naturellement que le laser est la cause.
Mais encore une fois : « après » ne veut pas dire « grâce à ».
C’est précisément pour éviter ce type d’erreur que les r***es scientifiques comme Cochrane existent.
6. Garder le meilleur (motivation, effet de contexte) et ajouter ce qui est démontré
Toute consultation ou accompagnement contient une part d’effet de contexte (alliance, confiance, motivation). C’est normal et utile.
La différence, c’est que les approches validées ajoutent à cela des outils dont l’efficacité est démontrée :
* accompagnement comportemental,
* traitements validés (substituts nicotiniques, varénicline, cytisine, bupropion selon les situations),
* combinaison des approches, qui augmente les chances de réussite.
Recommandations officielles de l’OMS (2024) :
[https://www.who.int/news/item/02-07-2024-who-releases-first-ever-clinical-treatment-guideline-for-to***co-cessation-in-adults](https://www.who.int/news/item/02-07-2024-who-releases-first-ever-clinical-treatment-guideline-for-to***co-cessation-in-adults)
[https://www.who.int/publications/i/item/9789240096431](https://www.who.int/publications/i/item/9789240096431)
Efficacité démontrée des traitements (r***es Cochrane) :
Substituts nicotiniques :
[https://www.cochrane.org/fr/evidence/CD000146_can-ni****ne-replacement-therapy-nrt-help-people-quit-smoking](https://www.cochrane.org/fr/evidence/CD000146_can-ni****ne-replacement-therapy-nrt-help-people-quit-smoking)
Varénicline et cytisine :
[https://www.cochrane.org/fr/evidence/CD006103_can-medications-varenicline-and-cytisine-ni****ne-receptor-partial-agonists-help-people-stop-smoking](https://www.cochrane.org/fr/evidence/CD006103_can-medications-varenicline-and-cytisine-ni****ne-receptor-partial-agonists-help-people-stop-smoking)
7. Message bienveillant pour celles et ceux qui envisagent le laser
Si le laser te motive, je ne vais pas te dire « n’y va pas ».
Je vais simplement te dire :
* si cela t’aide à passer à l’action, tant mieux,
* mais ne mise pas tout sur l’idée que le laser « soigne » la dépendance,
* ajoute des leviers solides et validés pour maximiser tes chances.
Un peu d’humour doux : le laser peut être un bon coup d’envoi. Mais pour gagner le match, il faut souvent un vrai plan de jeu.
8. Je reste là
Comme toujours, je resterai présent pour toute personne qui en ressent le besoin.
Tu peux me contacter en message privé, sans jugement, sans pression.
L’objectif n’est pas d’être fort.
L’objectif est d’être efficace, humain, et de se donner une vraie chance.
Bien sûr si vous avez des questions je reste absolument disponible ici même ou même par message privé, dans mon but ultime que vous puissiez arrêter de fumer.
Bien cordialement
Nicolas Govin, Tabacologue
Administrateur du groupe Entraide Tabac : arrêter de fumer ensemble !
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