06/02/2026
On continue encore à représenter le deuil comme une courbe avec une succession d’étapes, dans un ordre plus ou moins fixe.
Cette représentation vient du modèle de Kübler-Ross. Or, ce modèle n’a jamais été validé scientifiquement pour décrire le processus de deuil. Il a été initialement élaboré à partir de personnes en fin de vie, pas à partir de personnes endeuillées. Son utilisation pour expliquer le deuil est donc, au mieux, une métaphore simplificatrice et au pire une source de malentendus et de culpabilité.
Dans la clinique, le deuil ne se manifeste pas comme une progression linéaire, il ne suit pas d’étapes prévisibles et il ne s’accomplit encore moins dans un ordre donné.
Le deuil se manifeste plutôt comme un processus fluctuant, marqué par des allers-retours émotionnels, des variations d’intensité et des réactions parfois contradictoires.
Des affects très différents peuvent coexister : tristesse, colère, soulagement, culpabilité, apaisement, vide, anxiété… Ces états peuvent apparaître, disparaître, puis revenir, sans logique apparente.
Le corps et la mémoire jouent un rôle central. Certaines réactions surgissent sans anticipation (à une date, une odeur, une image, une situation banale…), ce sont des réactivations normales dans un processus d’adaptation à la perte.
Le deuil est un travail psychique d’ajustement à une réalité qui a changé. Un processus non linéaire, profondément individuel, qui ne se mesure ni au temps écoulé ni à la capacité à aller mieux.
Ne pas entrer dans une courbe attendue ne signifie pas mal faire son deuil. Ressentir encore, longtemps, ne signifie pas être bloqué. Et avoir des moments de stabilité ou de plaisir n’annule pas la réalité de la perte.