02/01/2026
On reproche souvent aux adolescents d’« agir sans réfléchir ». Mais l’impulsivité à cet âge n’est ni un simple problème d’éducation, ni un fatalisme biologique. Hors trouble neurodéveloppemental, elle résulte d’une rencontre complexe entre un cerveau en pleine réorganisation, des transformations hormonales majeures, une histoire psychique qui se remanie, un environnement parfois instable.
Côté cerveau : un moteur puissant avec des freins encore fragiles. À l’adolescence, les circuits émotionnels (limbiques) deviennent très réactifs, alors que le cortex préfrontal — celui qui aide à planifier, inhiber, anticiper — mûrit plus tardivement. D’où : réactions rapides, attirance pour la nouveauté, difficulté à différer le plaisir, tendance à décider « dans l’instant ».
Côté hormones : à la puberté, les hormones sexuelles modifient la sensibilité des circuits cérébraux. La testostérone augmente l'agressivité, la compétitivité, la sensibilité à la récompense, la prise de risque. Œstrogènes et progestérone influencent la régulation émotionnelle, avec des fluctuations possibles d’irritabilité, d’hypersensibilité, parfois d’impulsivité.
Côté psychique : l’acte court-circuite la pensée. Nombre d’adolescents ont du mal à nommer et symboliser leurs émotions. Quand les émotions débordent, l’acte surgit pour calmer, évacuer, tester, appeler. L’impulsivité fonctionne alors comme une protection contre l’angoisse, une tentative de reprise de contrôle, parfois une adresse implicite à l’autre : « vois-moi, aide-moi à me contenir ».
Quand doit-on s’inquiéter ?
- passages à l’acte répétés (auto- ou hétéro-agressifs),
- conduites addictives, troubles alimentaires, mises en danger inconsidérées,
- anxiété, dépression, isolement, idées suicidaires.
L’impulsivité devient alors le symptôme d’une souffrance indicible, pas un simple trait de caractère.
Comment réagir, concrètement ? Se souvenir d’abord que tout adolescent est « épidermique » par nature : une part d’impulsivité fait partie du développement normal ; ce qui doit inquiéter, c’est la répétition, la souffrance, ou la mise en danger. En cas de tension aiguë, l’objectif n’est pas de prendre le dessus : c’est d’abord de faire redescendre l’intensité. En situation de conflit ouvert, ne jamais chercher l’affrontement « à chaud », éviter de crier et d’adopter une position de combat avec réduction de la distance interpersonnelle à moins d’un bras et demi, surtout dans un endroit dangereux (cuisine, balcon, chantier, etc.). S’asseoir et inviter l’ado à faire de même (on ne se bat pas assis), rester calme et s’exprimer doucement. Ne pas chercher à « faire parler » l'ado comme dans un interrogatoire. À froid, l’aider à mettre des mots sur ce qu’il/elle a ressenti (colère, injustice, jugement, etc.). D’une manière générale, donner un cadre clair et sécurisant : la limite contient, elle ne doit pas humilier.