10/03/2026
Dimanche après-midi, il faisait beau, presque tout le temps, des stands avaient été installés, des gens conviés par l'Association Antidotes, des tables, de quoi se défouler, de quoi se restaurer, une fantastique chorale féministe, une fanfare ... et au milieu de tout ça, nous avons accepté le challenge de prendre la parole haut et fort... disons, un peu plus haut et un peu plus fort que d'habitude. Et quel challenge, partager quelques mots sur ce qui nous anime, sur ce que nous défendons, sur celles que nous défendons, et sur ce qui nous fait être présentes et engagées dans la journée de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre. Nous avions envie de laisser ces quelques mots continuer à vivre et pourquoi pas à résonner pour certaines ... en de les déposant ici.
"Nous sommes l’association Dans mes terres, nous sommes des femmes, des accompagnantes, des mères, des filles, des soeurs, et nous nous engageons chaque jours auprès des femmes, dans la lutte pour leurs droits, pour nos droits.
Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. DES femmes, et pas de LA femme. Parce qu’il n’en existe pas un modèle unique et universel, parce qu’elles sont toutes uniques dans leurs parcours et leurs identités, avec ou sans utérus, en couple ou non, avec ou sans enfant, nous savons que chacune mérite d’être entendue, que chacune a tout un monde à nous raconter. Alors nous avons décidé d’écouter les femmes et d’écouter les mères, d’écouter les jeunes mamans, d’écouter les filles, d’écouter les compagnes, d’écouter les grands-mères, et de laisser leurs histoires exister.
Lutter pour les droits des femmes, pour nous c'est donc aussi, lutter pour les droits des mères, pour les droits des jeunes mères, pour les droits des femmes enceintes, pour les droits de celles qui attendent, pour les droits de celles qui souhaitent mettre un terme à leur grossesse, pour les droits de celles qui n’ont pas choisi qu’elle s’arrête, pour les droits de celles qui ne l'auraient pas voulu, devenir mère, pour les droits de celles qui n'y arrivent plus, à être mère, pour les droits de celles que la maternité à mis à terre, pour les droits de celles qui subissent la violence masculine, et qui n’arrivent pas à partir, pour les droits de celles qui restent pour leurs enfants, pour les droits de celles qui doivent être mère comme si elles n’avaient pas de travail et qui doivent travailler comme si elles n’avaient pas d’enfant, pour les droits de celles dont le corps et les choix deviennent un espace public qui peut être touché et commenté à chaque instant, pour les droits de celles qui culpabilisent à chaque instant, de ne pas faire bien, et qui n’arrivent pas à voir qu’elles sont exceptionnelles d’être toujours là, pour les droits de celles qui ne le sont plus qu’une semaine sur deux, pour les droits de celles pour qui devenir mère est désormais un traumatisme, pour les droits de celles qui n'ont aucun bébé à câliner alors qu'elles en voudraient, pour les droits de celles qui doivent faire le deuil d’un petit dernier, pour les droits de celles qui sont fières de leurs choix, pour les droits de celles qui se lancent seules dans la maternité, pour les droits de celles qui doutent, pour les droits de celles qui en ont plein, des enfants, pour les droits de celles qui n'en n'ont plus, pour les droits de celles qui ont vu leurs enfants s’éloigner, pour les droits de celles qui sont heureuses de l'être, maman, pour les droits de celles qui sont éloignées de force de leurs enfants, celles qui sont en lutte pour faire respecter leurs droits et protéger leurs enfants, pour les droits de celles qui n'ont pas trouvé la bonne personne pour les accompagner, pour les droits de celles qu’on empêche d’en faire, pour les droits de celles que la vie a tellement abîmé, qu'elles ne veulent pas l'envisager, pour les droits des petites filles qu'elles étaient, pour les droits de celles qui ne le sont pas encore mais qui en crèveraient, pour les droits de leurs enfants, de grandir dans une société enfantiste, dans une société où la domination laisserai la place au respect, dans un monde où chacun, chacune, pourrait vivre et grandir dignement. Lutter pour les droits des femmes, des mères, des enfants. Pour mettre un terme aux systèmes de domination, à toutes les dominations. Ces violences sont systémiques, et les premières à les subir sont les enfants, les mères, les femmes et toutes les minorités de genre. Lutter contre ces violences, contre le patriarcat, c’est notre manière de prendre place et de participer à la construction d’un monde dans lequel chacune et chacun a de la valeur et le droit de vivre dignement.
Comment faire alors ? Quels pas faire? Dans mes terres, n’a jamais pour habitude d’apporter des solutions, des conseils, des réponses. Notre réponse à tout ça est avant tout basée sur la conviction profonde que chacune a en elle les capacités de faire et d’être qui elle souhaite être.
Lutter, pour nous, ça passe par informer, par remettre au centre, la capacité d’autodétermination. Lutter, c’est prendre le temps d’écouter, d’offrir des espaces où la parole sera accueillie, crue, entendue, telle qu’elle. Lutter, c’est aussi informer, informer sur les droits et rétablir l’information là où la désinformation a pris toute la place. Lutter, c’est aussi soutenir et accompagner, sans attentes de résultats, aussi longtemps que c’est nécessaire, être là. Lutter, c’est prendre notre part de responsabilité dans l’éducation des enfants et nous questionner, réfléchir ensemble à comment outiller les enfants, comment les protéger réellement, comment les regarder avec respect et non avec supériorité. Lutter, c’est être présentes pour écouter quand c’est dur, mais aussi quand ça va bien, quand ça va mieux. Lutter, c’est se réunir, se rencontrer, et reformer des réseaux de solidarité entre parents, entre pairs. Lutter, c’est aussi interpeller les pouvoirs politiques sur leurs responsabilité féministe et enfantiste et les inciter à mettre en place des actions concrètes. Lutter, c’est expliquer. Lutter, c’est ré expliquer. Lutter, c’est souvent ré expliquer encore et encore. Lutter, c’est regarder aussi, observer et rester attentive, à celle qu’on a pas vu depuis longtemps, à celle qu’on sait peut entourée, à celle qu’on sait avoir traversé de lourdes épreuves, à celle qui s’effondre sans qu’on s’y attende. Lutter, c’est ne pas accepter les injonctions à la parentalité parfaite, les remarques inappropriées, les sarcasmes qui ne font qu'alourdir la réalité. Lutter, c’est parfois se lever et se casser, parce qu’il n’y a rien de mieux à faire et que c’est aussi une manière d’exprimer son désaccord. Lutter, pour nous, c’est mettre aussi sur le devant de la scène, ceux et celles qui n’ont plus de place dans l’espace public : les mères et les enfants, lutter c’est les considérer, s’y intéresser. Lutter, c’est pour nous, prendre le temps de vous raconter leurs histoires, et faire entendre ce que ce système peut venir créer comme oppression spécifique autour de celles qui deviennent mères ou qui ne souhaitent pas le devenir d’ailleurs."
L'équipe Dans mes terres