30/12/2025
Pourquoi les blessures causées par une mère sont souvent inoubliables.
Les blessures maternelles ne sont pas simplement émotionnelles. Elles touchent la structure même de l’identité, car la mère n’est pas un lien parmi d’autres. Elle est le premier lien.
La mère est la première voix entendue, le premier regard qui confirme l’existence, le premier corps qui sécurise ou insécurise. Lorsqu’elle blesse, ce n’est pas seulement une relation qui est atteinte, mais le socle sur lequel l’enfant s’est construit.
Une blessure maternelle marque parce qu’elle intervient avant que l’enfant n’ait des outils pour comprendre, se défendre ou relativiser. Le psychisme enregistre alors la douleur comme une vérité sur soi, et non comme un événement extérieur.
Ces blessures deviennent inoubliables pour plusieurs raisons profondes.
D’abord, la mère est associée à la survie. L’enfant dépend d’elle pour vivre. Lorsqu’elle est source de rejet, de froideur, d’abandon émotionnel ou de violence, le cerveau ne classe pas cela comme un simple conflit, mais comme une menace vitale. La mémoire émotionnelle s’ancre alors durablement.
Ensuite, la mère façonne l’image intérieure de soi. Ses paroles, ses silences, ses regards répétés deviennent une voix intérieure. Quand cette voix est humiliante, culpabilisante ou absente, elle continue à parler longtemps après l’enfance. La blessure n’est plus externe, elle devient interne.
Il y a aussi le tabou social. Une mère est censée aimer. Quand elle blesse, l’enfant n’a souvent pas le droit de se plaindre. Il apprend à minimiser, à se taire, à douter de sa propre perception. Ce déni empêche la cicatrisation et fige la blessure dans le temps.
Enfin, ces blessures sont souvent réactivées à l’âge adulte. Dans les relations affectives, la parentalité, la foi, l’autorité ou l’intimité, l’empreinte maternelle revient.
Ce qui n’a pas été reconnu revient sous forme d’anxiété, de colère, de dépendance affective ou de culpabilité chronique.
Dire que ces blessures sont inoubliables ne signifie pas qu’elles sont incurables.
Cela signifie qu’elles demandent un travail conscient, profond et respectueux, car elles touchent à la mémoire la plus archaïque de l’être.
Guérir ne consiste pas à accuser la mère ni à l’excuser aveuglément, mais à redonner une place juste à ce qui a été vécu, pour que la mémoire cesse de gouverner le présent.
KABEYA - Institut de la Mémoire