06/01/2026
Je vais vous conter une bien belle histoire, qui montre que parfois une simple rencontre peut changer une vie à jamais.
De retour de Compostelle en 1993, après ce premier et inoubliable voyage avec Ferdinand, mon gros pèpère aux longues oreilles, j’avais écrit un récit baptisé « Il est un beau chemin semé d’épines et d’étoiles ». C'était mon premier livre et il se vendait bien. Cependant, après 3 ou 4 rééditions, en 2005, j’avais décidé d’en faire un album grand format, le même texte mais illustré cette fois de 1000 photos. Il me fallait pour ça retourner sur le chemin, en camionnette cette fois, et mitrailler avec un appareil numérique (cette technologie n’existait pas en 1993, on en était aux rouleaux de 36 diapositives qu’on faisait durer une semaine…). 2005-2006-2007 : 15 jours chaque année pour retrouver les émotions, les paysages, les monuments du Camino.
Et c’est à quelques encablures de Santiago que je rencontre un pèlerin allemand, sur un vélo couché et actionnant le pédalier avec ses mains. Cet homme-là était handicapé, n’avait pas l’usage de ses jambes et cependant voyageait en autonomie, montant sa tente chaque soir. Un exemple de courage et de ténacité à risquer sa vie sur le bord des routes. En effet, la fragilité relative de sa machine l’empêchait de circuler sur le sentier de randonnée et l’obligeait à prendre le macadam.
Je faisais partie depuis longtemps de la commission Handicap de la FNAR (Fédération des ânes de randonnée) mais l’essentiel de nos réunions consistait à fixer la date de la prochaine rencontre. Et là, discutant avec ce pèlerin allemand, ce fut l’illumination : j’allais construire une charrette à trois roues, comme la sienne mais en beaucoup plus solide, et remplacer son pédalier par un bourricot. Ainsi nos petits ânes prendraient-ils leur place dans la lutte contre le handicap.
Ce furent ensuite des mois de croquis, de plans, de recherches, de tests, passons les détails. Et enfin un jour l’arrivée de la petite Escargoline rouge sortant de l’atelier de peinture, prête à partir donner du rêve sur les sentiers les plus ardus.
Voilà, le chemin de Saint Jacques, un pélerin allemand, un flash bourricotier, et 17 ans plus t**d, en 2025, l’histoire continue…