02/01/2026
...et oui, malheureusement
La race humaine est capable des plus belles choses comme des pires
En 1974, dans une galerie de Naples, en Italie, l’artiste de performance Marina Abramović fit quelque chose pour lequel personne n’était prêt. Elle resta complètement immobile. Silencieuse. Inerte. À côté d’elle, sur une table, se trouvaient 72 objets. Certains inoffensifs : une rose, du parfum, du pain. D’autres dangereux : des ciseaux, des chaînes, un scalpel… et un pistolet chargé. Un panneau indiquait : "Vous pouvez utiliser n'importe quel objet sur moi. Je ne résisterai pas. J’assume l’entière responsabilité."
Pendant six heures, elle devint un objet. Au début, la foule était douce. Quelqu’un plaça une fleur dans sa main. Quelqu’un lui embrassa la joue. Puis quelque chose changea. Les vêtements furent coupés. La peau griffée par des épines. Du sang apparut. Les gens cessèrent de la voir comme une personne. Un individu coupa son cou juste pour voir le sang couler. Un autre prit le pistolet, le plaça dans sa main, et le pointa vers sa propre tête. D’autres intervinrent pour éviter que tout ne se termine là. Marina ne réagit pas. Ne pleura pas. Ne bougea pas. Elle laissa la foule décider jusqu’où elle irait.
Lorsque les six heures s’achevèrent, elle avança. Vivante. Saignante. De nouveau humaine. Et c’est à ce moment-là que la foule se brisa. Les gens coururent. Évitèrent son regard. Incapables de faire face à ce qu'ils avaient fait.
La performance s'appelait Rhythm 0. Elle ne fut jamais répétée. Pas parce qu’elle avait échoué, mais parce qu'elle prouva quelque chose de terrifiant : quand la responsabilité est retirée… quand la permission est donnée… des gens ordinaires sont capables d'une cruauté extraordinaire. Et tout ce qu’il faut, c’est du silence.
Sources :
"Marina Abramović: The Artist is Present" par Marina Abramović
"Rhythm 0" - Archives de l’Art Contemporain, Naples, Italie
Articles de presse sur la performance Rhythm 0