26/12/2025
L'âge du débourrage du cheval est un sujet magique.
Magique parce qu’il transforme n’importe quelle discussion anodine en réunion de crise internationale avec une seule phrase.
Il suffit de dire :
« Chez nous, on débourre à 4 ans. »
Et immédiatement quelqu’un te sort une étude scientifique en PDF de 87 pages,
un autre cite “un grand pro” qu’on ne nommera jamais qui debourre à 3 ans et excelle en très haut niveau et le troisième te regarde comme si tu venais d’annoncer que tu faisais porter des sacs de ciment à des poulains encore sous leur mère.
Tout ça à cause d’un détail surcôté : l’âge.
L’âge, ce critère déterminant qui , dans l’imaginaire collectif, fonctionne comme un interrupteur
👉Avant 5 ans tous les chevaux seraient fragiles , comme faits de sucre et risqueraient de se désintégrer au simple contact d’une selle ou à la vue d'un cavalier en botte.
👉À partir de 6-7 ans ils deviendraient subitement robustes et indestructibles, prêts à travailler 10h par semaine sans la moindre faiblesse.
Comme si, le soir de son anniversaire, le cheval allait se coucher avec une colonne vertébrale inachevée…
…et se réveiller le lendemain matin avec un dos certifié norme ISO 9001 ,prêt à l’emploi.
Je vais pas vous surprendre en vous disant qu'en fait , ça ne marche pas tout à fait comme ça 🤷
La croissance n’est pas un bouton ON/OFF
Un cheval ne passe pas du vase ming au tracteur agricole juste en soufflant une bougie de plus.
Sinon, par cohérence, on ferait pareil avec les enfants :
pas de sport , de course ou de vélo, ni même de cartable jusqu’à la fin complète de la croissance osseuse (20 ans ).
« Désolé, Kevin, tu n'as que12 ans, retourne t’allonger sur le canapé. On te rappellera dans 8 ans pour verser ta première goutte de sueur. »
Heureusement, on fait exactement l’inverse. Aussi parce qu'on sait que l'activité physique adaptée contribue activement au développement de le croissance et de la densité osseuse.
Et prétendre qu'un poulain fait bien assez de sport dans son champ , reviens à dire que Kevin en fait bien assez en allant chercher un paquet de chips en sautillant jusqu'au placard de la cuisine.
Parce qu’on a compris une chose simple :
👉 ce n’est pas l’activité physique qui est nocive, c’est l’excès et l’inadaptation.
Faire courrir un trail à Kevin , ne serai en effet , pas judicieux.
Surtout s'il a passé les 11 années qui précèdent sur son canapé.
Ce qui abîme, ce n’est pas le travail. C'est la précipitation.
Porter 10 % de son poids,
2 fois 10 ou 15 minutes par semaine, sur un cheval préparé, musclé progressivement, mentalement prêt…n’a jamais ruiné un cheval.
En revanche :
1 heure par jour,
tous les jours,
sans préparation,
sous prétexte que “maintenant il a l'âge ”,
Là, oui. Je veux bien croire que le squelette émette quelques objections.
Mais le vrai malentendu , je pense , résulte de la définition du mot "débourrage”
Parce qu’en réalité, on ne parle pas tous de la même chose.
Pour certains, le débourrage, c’est :
« En trois semaines, il accepte la selle, le cavalier, le trot, le galop… et après, advienne que pourra. »
C’est rapide , efficace et économiquement compréhensible.
Débourrer un cheval sur 6 mois coûterait un bras.
Mais pour moi ça revient a se préparer au marathon en enfilant des baskets la veille de la course.
Ici, le débourrage commence bien avant de monter et biiiiiiiiien avant la fin de la croissance ( " Va de retro satanas ")
Chez nous, les chevaux sont officiellement débourrés à 4 ans.
Et “montés” 10 minutes tous les 15j ( après 20mn de TAP ) jusqu'à leur 6 ans.
Mais avant ça, ils ont déjà :
appris le travail en main, découvert le mountain trail,
pratiqué les longues rênes, voyagé en van, marché en main dans des endroits inconnus, compris que le monde est vaste, bruyant, bizarre…
et qu’on y survit très bien quand on reste près de son bipède.
Résultat ? Quand on monte dessus :
ils ne paniquent pas, ils ne sautent pas en l'air ,
ils ne découvrent pas soudainement l’existence de l’univers.
Et c’est là que c’est drôle.
Ces chevaux-là, travaillés lentement et progressivement, sont souvent plus avancés que des chevaux sortis d’un débourrage express d’un mois sous prétexte qu'on a voulu les "laisser grandir " avant.
Parce que le vrai gain de temps,
ce n’est pas d’aller vite.
C’est de s'adapter au rythme de cheval , prendre son temps pour veiller à rester bien en dessous de leur seuil de tolérance , même quand ça commence a devenir plus sérieux.
On a des chevaux plus zen et plus facile a gérer.
En résumé (pour survivre aux débats)
Le débourrage, ce n’est pas une histoire de date ou d'âge.
C’est une histoire de préparation.
Un processus lent et une accumulation d’expériences positives.,
le travail ne commence pas le jour où tu monte dessus.
On ne fait que poursuivre ce qu'on a déjà commencé sous la mère.
on monte sur un cheval pret psychologiquement et émotionnellement..
Et bizarrement ça se passe toujours beaucoup mieux comme ça.
Les crins de verdure