07/04/2026
Renoncer à la compréhension de l'absurde, par la raison.
Cette abdiquation ne constitue en rien un aveu de faiblesse, bien au contraire, c'est faire preuve de sagesse que de renoncer à courir après un vœu pieux. C'est comprendre qu'il n'y a rien à comprendre dans une réalité renfermant une complexité irrationnelle (en cela j'entend inappréhendable par la raison) qui ne peut, de fait, que nous échapper. Enfermés dans les limites de notre condition humaine, nous ne pouvons qu'être biaisé lorsque nous tentons de réfléchir un temps soit peu sérieusement à cette complexité. Ne pouvant nous extraire de nous même, nous sommes pris au piège de notre finitude et devons apprendre à composer avec nos frontières. Étant à la fois expérimentateur et sujet d'étude, nos interprétations de ce qui est ne sauraient dépasser le cadre de ce que nous sommes.
S'en remettre à dieu, ou cesser de chercher à comprendre ce qui ne peut l'être, voici ce qui semble raisonnable.
Alors plutôt que de s'écheveler à expliquer ce qui ontologiquement ne peut l'être, pourquoi ne pas abandonner cette aporie et interpréter le réel non par le prisme de la logique mais plutôt, par celui des sensations. Ce qui nous emmène à la question suivante : peut on ressentir ce que l'on ne peut comprendre?
L'amour. Qui comprend l'amour? Qui comprend son mécanisme intime, ainsi que les indénombrables causes et conséquences inhérentes à son existence? Personne, car cette complexité dépasse outrageusement ce que peut concevoir l'homme. Pour autant, qui ne ressent pas l'amour? Tous savons parfaitement de quoi il s'agit malgré le fait que nous soyons incapables de le comprendre.
Troquer un peu de sa compréhension au profit de ses sensations. Pour paraphraser Wittgenstein : ce qui ne saurait trouver mot, il vaut mieux le taire et tenter de le ressentir plutôt que de chercher à l'expliquer.
Renoncer à comprendre l'absurde par la raison, voici une quête qui semble plus sensée que celle qui consiste à tenter d'utiliser la raison, pour expliquer l'absurde.