RÉPAD Île-de-France

RÉPAD Île-de-France Présentation :
Le RÉPAD est un réseau de psychologues, psychanalystes et psychiatres intervenant à domicile ou recevant en cabinet. C'est aussi un lieu de formation et de supervision des praticiens.
Sur rendez-vous.

Présentation du réseau:

Le RÉPAD est un réseau de psychologues, psychanalystes et psychiatres intervenant à domicile ou recevant en cabinet. C'est aussi un lieu de formation et de supervision des praticiens.
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Accueillir ou se rendre chez toute personne isolée traversant une épreuve, manifestant une angoisse, subissant des situations d'échecs qui se répètent, des personnes désirant tout simplement se confier sur ce qui fait souffrir et qui persiste. Il s’agit par nos interventions de lutter contre la souffrance et la solitude des sujets, quels que soient leur âge ou leurs moyens, n’ayant pas ou plus les ressources physiques ou psychologiques pour se rendre chez le psy.

Le contrôle ou la supervision des praticiens du RÉPAD sont indissociables à la formation des intervenants. Ils sont essentiels dans la mesure où ils permettent d'apporter un regard extérieur, l'articulation d'une autre clinique, de saisir les difficultés, de tous ordres, pouvant être rencontrées lors des consultations.

Au RÉPAD, bien que nous en reconnaissons l’importance, les diplômes universitaires de psychologue ou de psychiatre ne sont pas une caution indiquant que la position de clinicien est pleinement garantie.

Karim Sarroub


Numéro d'agrément préfectoral du 21/09/2003: W751253885

A L'INSTITUT PARIS BRUNE, LES MÈRES ATTEINTES DE TROUBLES PSY AU CENTRE DE TOUTES LES ATTENTIONSREPORTAGE | Longtemps, l...
08/03/2026

A L'INSTITUT PARIS BRUNE, LES MÈRES ATTEINTES DE TROUBLES PSY AU CENTRE DE TOUTES LES ATTENTIONS

REPORTAGE | Longtemps, le désir d’enfant chez les femmes souffrant de maladies psychiques a été vu d’un mauvais œil par les médecins. La consultation spécialisée du centre de psychopathologie périnatale de l’institut Paris Brune met à mal leurs a priori. Ce dispositif unique en France permet à ces patientes d’entamer et de poursuivre leur grossesse en bénéficiant d’un suivi médical adapté à leur état de santé mentale.

Enceinte de sept mois, elle a fait le voyage depuis la Bretagne pour rencontrer l’équipe de la CICO, la consultation d’information, de conseils et d’orientation des femmes suivies pour troubles psychiques, enceintes ou avec désir d’enfant. Manuela (tous les prénoms des patientes ont été modifiés), 36 ans, a rendez-vous un matin de janvier avec le pédopsychiatre Romain Dugravier et la psychologue Philippine Besnier.

Tous deux travaillent au centre de psychopathologie périnatale de l’Institut Paris Brune (14e), à l’origine de la CICO et dont le docteur Dugravier est le directeur. Dans une salle spacieuse meublée d’un bureau et d’un canapé, Manuela dépose un sac en plastique rempli de vêtements pour nouveau-né qu’une amie vient de lui prêter et s’assoit lourdement sur une chaise.

Son ventre proéminent tend son chemisier ocre, et elle laisse tomber à ses pieds la ceinture élastique qui maintient ses lombaires, mises à l’épreuve par la grossesse. Psychologue en Bretagne et déjà mère d’un fils de 4 ans, elle a souffert, quinze mois après la naissance de ce dernier, d’une sévère dépression du post-partum.

Face à Romain Dugravier et à Philippine Besnier, elle décrit ses symptômes, « très étranges » : « Un jour, au volant, j’ai complètement perdu la vue de mon œil gauche et mes bras sont devenus lourds. » Les examens menés aux urgences écartent une cause physiologique, mais, dans les jours qui suivent, Manuela ne parvient pas à récupérer. Elle ressent une forte angoisse et fait l’expérience d’épisodes de dépersonnalisation et de déréalisation.

Son médecin généraliste lui prescrit des antidépresseurs, qui la soulagent un temps, mais elle rechute dès qu’elle cesse de les prendre, quelques mois plus t**d. Elle suit aujourd’hui un traitement qui lui convient, mais a été adressée à cette consultation spécialisée par son psychiatre, afin de trouver des réponses à certaines de ses inquiétudes : « Les médicaments que je prends sont-ils compatibles avec une grossesse ? Et avec l’allaitement ? Est-ce que je risque une rechute après la naissance ? »

« UN FILET DE SÉCURITÉ »

Lancé en 2011 par les psychiatres Marie-Noëlle Vacheron et Anne-Sophie Mintz, ce dispositif ultra-spécialisé et unique en France recevait une vingtaine de femmes en 2014. Elles sont aujourd’hui entre 100 et 150 à bénéficier d’au moins une consultation ainsi que d’une proposition d’accompagnement, ici ou ailleurs, si elles habitent trop loin.

Reçus en couple quand c’est possible, les futurs parents sont accompagnés, parfois dès leur projet d’enfant, par une équipe qui s’est étayée au fil des ans. Elle compte 12 professionnels (dont quatre psychiatres et une psychologue), qui consacrent à une partie de leur semaine à cette consultation de prise en charge de mères présentant une pathologie psychiatrique connue.

Le psychiatre Nicolas Moysan, 35 ans, travaille dans le centre depuis novembre 2021. « Ma consœur Marie-Noëlle Vacheron a eu l’idée de ce suivi car elle voyait de plus en plus de ses patientes commencer une grossesse sans recommandations spécifiques, explique-t-il. Elle avait l’impression de l’apprendre au dernier moment et d’être prise au dépourvu. Elle se retrouvait à prendre des décisions en urgence, allant jusqu’à des placements ou des hospitalisations en catastrophe, avec pour conséquence la séparation de la mère et de l’enfant. Or, quand on sait qu’il y a une pathologie psychiatrique préexistante, documentée et prise en charge, on n’a aucune raison d’attendre. On se doit d’être dans une forme d’anticipation et de prévention. »

A la suite de l’entretien avec Manuela, Romain Dugravier et Philippine Besnier ont rédigé un compte rendu pour son psychiatre, ainsi qu’une lettre de suivi à l’attention de la sage-femme, du gynécologue et de l’obstétricien qui la suivent. L’infirmière de coordination lui a aussi transmis les contacts de centres de psychopathologie périnatale dans sa région à même de l’accueillir si son état mental l’exige.

« Quand on parle de psychiatrie, on pense tout de suite à la folie, mais il faut déconstruire ces idées, explique la jeune patiente. J’ai peur que les équipes de la maternité soient intrusives et me considèrent comme une “maman fragile” parce que j’ai un suivi psychiatrique. Les soignants sont peu formés et n’ont pas le temps de s’occuper vraiment d’une mère qui ne va pas bien. Savoir qu’il existe un filet de sécurité est rassurant. »

ENCORE STIGMATISÉES

Les chiffres montrent la nécessité de tels dispositifs : 20 % des femmes qui accouchent chaque année en France ont des problématiques de santé mentale, 15 % font une dépression du post-partum et 2 % à 5 % ont des troubles psychiatriques chroniques qui demandent un parcours de soins renforcé.

Or, selon une étude américaine publiée dans The Journal of Clinical Psychiatry en 2016, près de 50 % des dépressions périnatales ne seraient pas diagnostiquées pendant la grossesse, et environ 70 % échapperaient à l’œil des soignants en post-partum, en raison notamment d’une banalisation des symptômes et d’un manque d’information et de formation des professionnels de santé.

Les risques de décompensation des troubles bipolaires et schizophréniques sont fortement augmentés par un arrêt du traitement pendant la grossesse. L’interruption des soins a des effets sur la mère, mais expose aussi l’enfant à naître.

Les recherches ont montré une surreprésentation des « troubles de l’attachement, troubles du développement social, cognitif et émotionnel et troubles psychiatriques à l’adolescence et à l’âge adulte chez les enfants de parents qui présentent une décompensation psychique en période périnatale », souligne une brochure qui détaille le fonctionnement du dispositif. Sans compter le risque de su***de maternel, première cause de mortalité des femmes dans l’année qui suit la naissance, majoré en cas de trouble psychiatrique chronique préexistant.

Aujourd’hui encore stigmatisées par une partie du corps médical, les patientes souffrant d’une maladie mentale trouvent dans ce centre parisien une écoute adaptée et un lieu où devenir mère malgré leur pathologie est possible et pris en considération. Le 8 décembre 2025, Anna, une avocate trentenaire, est assise dans la salle d’attente à proximité d’une grande table ronde et de chaises miniatures qui font ressembler la pièce à une salle de conférences pour lutins.

A côté d’elle, des parents gazouillent devant leurs poussettes et une femme enceinte masse doucement son ventre protubérant. Anna se lève anxieusement à l’appel de son nom. Elle vit seule à Paris et a été adressée à la CICO par le service d’assistance médicale à la procréation de l’hôpital Antoine-Béclère (Hauts-de-Seine), qui l’accompagne dans son parcours de PMA en solo. Manifestement stressée, elle déroule d’une voix timide aux deux professionnels qui la reçoivent son parcours psychiatrique long et complexe.

Agressée sexuellement par une cousine de deux ans son aînée au sortir de l’adolescence, elle a été hospitalisée en psychiatrie en 2018 pour des « phobies envahissantes » qui l’ont retenue chez elle une année et demie durant. « Je suis un peu la f***e de service de la famille », glisse-t-elle. Aujourd’hui stabilisée grâce à un traitement antipsychotique et antidépresseur, elle évoque ses parents hauts fonctionnaires, son père qui « déteste les médecins » et ce projet de grossesse.

« Comment vous l’imaginez, cet enfant ? », s’enquiert la psychiatre. Anna évoque ses inquiétudes : le manque de sommeil dont elle a peur qu’il la fragilise, l’extrême dépendance du nouveau-né qui risque de la mettre à l’épreuve psychiquement, la crainte de l’accouchement, elle qui « n’aime pas trop qu’on [la] touche » et n’a plus eu de relations amoureuses depuis ses 20 ans. « La grossesse va réveiller vos angoisses. Vous êtes plus vulnérable que d’autres et c’est complexe, mais avec de l’aide ça va aller », la rassure la médecin.

L’infirmière la rappellera dans six mois, à moins qu’elle ne tombe enceinte avant. Une fois la grossesse amorcée, elle mettra en place avec elle le suivi pluridisciplinaire imaginé ici : psychothérapie, psychomotricité, rendez-vous avec une sage-femme spécialisée, lien avec les équipes soignantes à l’hôpital pour les informer et les rassurer… « C’est une grossesse à haut risque », concluent les spécialistes après avoir raccompagné Anna à la porte.

NORMALISER CES GROSSESSES

De la même manière qu’une femme diabétique ou souffrant d’une pathologie cardiaque ou métabolique a le droit, comme n’importe quelle autre, de devenir mère dans les meilleures conditions, les femmes psychotiques trouvent ici une oreille attentive et un « étayage » adapté, entièrement remboursé par la Sécurité sociale.

« Jusque très récemment, le discours dominant au sein du corps médical était que ces patientes n’étaient pas aptes à avoir des enfants et à les élever. Même des médecins généralistes et certains psychiatres ont encore des a priori et de fausses croyances sur ces pathologies », souligne le psychiatre Nicolas Moysan, qui a consacré sa thèse de médecine à la stigmatisation de la schizophrénie en France. « Ce que l’on fait ici est une forme de prévention aux origines de la vie, qui permet aussi d’optimiser le développement psychomoteur et affectif des bébés », plaide-t-il.

Comme dans tous les domaines de la médecine, l’une des missions des médecins de la CICO est d’évaluer le bénéfice du soin en regard du risque encouru. Ainsi, certains traitements psychiatriques peuvent favoriser des troubles transitoires chez le nouveau-né, tels que de légères détresses respiratoires ou des manifestations motrices (hypotonie passagère ou au contraire excitabilité) qui, bien prises en charge à la naissance, sont sans conséquence.

Quant aux effets à moyen et long terme sur l’enfant de troubles psychiatriques chez la jeune mère, ils sont bien documentés : « Des études montrent que le devenir des enfants est meilleur quand les mères ont poursuivi leur traitement durant la grossesse. Prendre soin d’elles leur permettra de bien prendre soin de l’enfant », résume Romain Dugravier.

Normaliser au maximum ces grossesses sans pour autant nier la sévérité du trouble, anticiper pour mieux soigner et se préoccuper, dès le projet d’enfant, du lien entre la mère et son bébé à naître, qui compte pour beaucoup dans la construction d’un individu bien portant… telle est la mission de cette équipe de pointe.

SCÉNARIO REDOUTÉ

En complément de l’accompagnement psychiatrique, plusieurs professionnelles paramédicales accompagnent les futures mères et les jeunes mamans lors de consultations et d’ateliers : une psychomotricienne, une sage-femme, et aussi une assistante sociale, Béatrice Langellier Bellevue. Fin janvier, elle reçoit une patiente de 35 ans qu’elle suit depuis plusieurs mois. « Elle est venue nous voir seule en 2024 avec un projet de grossesse, puis s’est mariée en avril 2025 avec son compagnon et elle est tombée enceinte peu après. »

Schizophrène « bien équilibrée sous traitement », enceinte de sept mois, Géraldine se plaint de la fatigue du dernier trimestre de la grossesse, dont elle a du mal à dire si elle est liée à son état ou pourrait être un signe d’une rechute de sa maladie.

Mais ce qui inquiète le plus les équipes de la CICO, c’est son mari : violent et irascible, il casse des objets à la maison, se dit « antiféministe » et réveille Géraldine pendant la nuit pour qu’elle range l’appartement. Le scénario redouté par Béatrice Langellier Bellevue : « Que la patiente décompense à la maternité, qu’elle soit hospitalisée et le bébé placé. » Malgré tous les efforts déployés par l’équipe, c’est ce qui est arrivé il y a quelques semaines à une jeune mère pourtant prise en charge ici pendant plusieurs mois.

Alors, une fois encore, on se charge d’anticiper : une place a d’ores et déjà été réservée pour Géraldine et son nouveau-né dans l’unité mère-bébé d’un hôpital parisien, où elle passera les premières semaines après la naissance, et des rendez-vous sont programmés par visio pour les ultimes semaines de grossesse.

Quelques jours après le rendez-vous, l’assistante sociale l’a accompagnée au commissariat pour déposer une main courante contre le futur père. L’avenir est incertain, mais Géraldine est aidée. « Je veux juste que ça se passe bien pour mon bébé... Je sais que je n’ai pas un passé normal et je ne veux pas qu’il en pâtisse », murmure-t-elle en caressant son ventre rond.

Le Monde du 8 mars 2026

QUAND LES CHATBOTS ET L'IA ENTRENT EN PSYCHIATRIE, LES RISQUES DE LA THÉRAPIE EN LIBRE-SERVICEDes dizaines de millions d...
14/01/2026

QUAND LES CHATBOTS ET L'IA ENTRENT EN PSYCHIATRIE, LES RISQUES DE LA THÉRAPIE EN LIBRE-SERVICE

Des dizaines de millions de personnes utilisent les chatbots de type ChatGPT pour partager leur mal-être et la communauté scientifique alerte sur les risques encourus par les personnes fragiles. L’IA générative bouleverse les consultations psychiatriques, attise la convoitise des Gafam et devient une piste crédible pour analyser les maladies.

Le Monde du 14 janvier 2026

Tout s’est accéléré ces derniers mois. Des jeunes (et moins jeunes) du monde entier se sont emparés de ChatGPT et d’autres robots conversationnels pour leur confier leur mal-être. La justice est saisie sur plusieurs continents car ils auraient causé des états délirants ou, pire, servi d’assistant dans des su***des. Dernières annonces en date : mercredi 7 janvier, la création par Open AI de ChatGPT Health. Selon l’entreprise, les usagers, en connectant leurs dossiers de santé, pourront à partir de fin janvier avoir des réponses « plus personnalisées » du robot sans que ce soit « ni un diagnostic ni un traitement ». Lundi 12 janvier, la société Anthropic a, elle, dévoilé son propre programme, Claude for Healthcare.

La profession médicale est bousculée par le recours à ces chatbots, que les utilisateurs soient patients de services psychiatriques ou non. Les Gafam (Google, Amazon, Facebook – devenu Meta –, Apple, Microsoft) affichent, eux, leur volonté d’être des acteurs majeurs de la santé mentale numérique à l’aide de leurs modèles surpuissants d’intelligence artificielle (IA) générative. Leur trésor ? La masse inédite d’informations personnelles dites « multimodales » – voix, langage, mais aussi vitesse de frappe sur le clavier ou même rapidité de déplacement… – qu’ils captent à travers nos téléphones portables ou nos montres connectées.

Des recherches menées sur des patients en psychiatrie montrent que des technologies telles que le phénotypage numérique (données enregistrées passivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur une personne pour suivre son comportement ou son état d’esprit), la réalité virtuelle et désormais l’IA générative sont crédibles pour aider les psychiatres dans leur pratique, notamment en indiquant des risques de rechute, problème majeur dans ce domaine. Ainsi, en France, un dispositif médical utilisant la voix et une IA générative pour suivre des patients souffrant de schizophrénie, de dépression ou de bipolarité est annoncé par la société française Callyope pour 2026.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle de ses vœux ces innovations pour endiguer la croissance des problèmes de santé mentale, qui incluent les troubles mentaux, les handicaps psychosociaux ou des états mentaux entraînant une forte souffrance. « Pour les problèmes de santé mentale courante, telles la dépression et l’anxiété, des outils numériques d’auto-assistance peuvent être généralisés de manière efficace et abordable », note l’OMS dans une communication d’octobre 2025. Car, dans cette époque chaotique, plus de 1 milliard de personnes présentent des troubles mentaux, selon l’agence, et, dans environ sept cas sur dix, ces problèmes surviennent avant l’âge de 25 ans, selon The Lancet.

« La dépression est un fardeau dans tous les pays, mais encore plus dans ceux à faibles et moyens revenus », précise le psychiatre et chercheur en épidémiologie Etienne Duranté, qui réalise à l’Hôtel-Dieu une thèse sur les psychothérapies numériques. Le su***de est devenu, selon The Lancet, la cause principale de décès des 10 à 29 ans en Europe de l’Ouest et la troisième cause chez les jeunes dans le monde. En France, un tiers des 11-24 ans présentent des signes de détresse psychologique « moyens à sévères », selon des résultats préliminaires de l’étude longitudinale Mentalo menée par l’Inserm, publiés en octobre 2025.

La psychiatrie, « qui a été la discipline la plus sollicitée pour des consultations en ligne pendant la pandémie de Covid-19 », n’a plus les moyens de cette réponse synchrone (un médecin en ligne), explique un article dans World Psychiatry (juin 2025) dont le principal auteur, le psychiatre John Torous, exerce à la Harvard Medical School.

D’où l’émergence planétaire de nouvelles offres numériques dite « de santé mentale asynchrone » pour accompagner des personnes en faiblesse ou en stress. Il s’agit tout autant d’applications pour renforcer la prévention de la souffrance mentale que d’outils « pour permettre une pratique clinique augmentée, approche hybride où un médecin sera aidé par la technologie », observe le psychiatre Raphaël Gaillard, qui dirige le pôle hospitalo-universitaire de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

Alors que le défi est de déterminer le bon dosage entre accompagnement humain et assistance numérique, des applications reconnues comme dispositifs médicaux sont expérimentées par exemple en Allemagne ou aux Etats-Unis. La France, elle, est à la traîne. « La Sécurité sociale ne rembourse pour l’instant aucun dispositif médical numérique en psychiatrie, regrette le professeur Ludovic Samalin, qui copilote depuis Clermont-Ferrand le « grand défi numérique en santé mentale », un programme public doté d’environ 15 millions d’euros. Nous sommes un pays prudent, mais qui a aussi tendance à commencer par critiquer les nouvelles idées. »

Comme dans tout moment d’accélération technologique, ces usages ou projets soulèvent des préoccupations éthiques et juridiques majeures. Sur les quelque 10 000 applications développées dans le monde sans IA générative et dites « de bien-être », évitant ainsi la régulation sur les dispositifs médicaux, seules 3 % ont fait l’objet de publications scientifiques. Quatre questions pour y voir plus clair.

POURQUOI LES SCIENTIFIQUES ALERTENT-ILS SUR L'USAGE DES ROBOTS CONVERSATIONNELS GÉNÉRALISTES?

En novembre 2022, Sam Altman, PDG d’OpenAI, a choisi de rendre gratuit l’accès à ChatGPT. Alors que les grandes plateformes qui possédaient un chatbot d’IA générative s’étaient mises d’accord pour temporiser la sortie mondiale d’un tel outil, jugé immature, cette décision a eu l’effet que laissait présager le film d’anticipation Her (2013), dans lequel un célibataire devient affectivement dépendant d’une IA.

Des dizaines de millions de personnes, les jeunes en tête, utilisent désormais ces chatbots pour avoir de la compagnie ou être soutenues. Des cas très préoccupants ont été signalés : su***des, violences et apparitions de pensées délirantes. Interrogé en novembre 2025 dans une communication de Nature sur ses plus grandes inquiétudes concernant l’IA, Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind (racheté par Google), désormais directeur du développement des produits d’IA grand public de Microsoft, pointe du doigt ce risque accru de délires lors d’interactions émotionnelles avec les chatbots.

La communauté scientifique, côté médecine ou technologies, multiplie les alertes. « C’est un nouveau problème de santé publique », ont affirmé neuf neuroscientifiques et informaticiens, dont certains chez des Gafam, dans une communication du 28 juillet 2025. Les chatbots présentent des biais technologiques, ont-ils souligné, disent ce que l’on veut entendre (sycophancy ou complaisance) et s’adaptent à la demande. Les personnes les plus fragiles, insistent ces chercheurs, peuvent développer une forte dépendance et voir leurs repères s’altérer, d’autant plus si elles sont socialement isolées. Les signataires appellent à « une action coordonnée des professionnels de la santé, des concepteurs d’IA et des autorités de régulation. »

Présentée à Madrid, le 22 octobre 2025, lors de la conférence sur l’intelligence artificielle, l’éthique et la société (AAAI/ACM), une étude de l’université Brown (Rhode Island) a détaillé comment ces chatbots « violent systématiquement les normes éthiques établies par l’American Psychological Association », même lorsqu’ils sont incités à utiliser des techniques de psychothérapie fondées sur des preuves. Ils fournissent, par exemple, des réponses trompeuses qui renforcent les croyances négatives des utilisateurs sur eux-mêmes et à l’égard des autres.

Quant aux améliorations annoncées pour que les chatbots soient plus prudents dans leur propos, celles-ci ne sont pas suffisantes, selon une analyse du laboratoire de santé mentale de l’université Stanford (Californie) pour l’ONG Common Sense Media, publiée le 20 novembre 2025. ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Gemini (Google Alphabet) et Meta AI (Meta) « ne parviennent toujours pas à reconnaître et à répondre de manière appropriée aux troubles de santé mentale des jeunes », notent les chercheurs, citant notamment l’anxiété, la dépression, le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou les troubles alimentaires.

Du côté institutionnel, trois Etats américains (Illinois, Utah, Nevada) ont décidé, mi-2025, de restreindre l’usage des chatbots, interdisant notamment aux thérapeutes de conseiller à un patient de se confier à une IA générative. L’American Psychological Association a émis, le 13 novembre, un avertissement intitulé « L’intelligence artificielle et les applications de bien-être ne peuvent à elles seules résoudre la crise de la santé mentale ».

A ce jour, cependant, aucun organisme international ne surveille systématiquement les effets de l’IA sur la santé mentale, comme le fait l’OMS sur les risques sanitaires. Celle-ci a néanmoins donné, dans une note de mars 2025, des recommandations aux gouvernements et aux industriels sur l’usage des modèles de traitement du langage (LLM) médicaux telles que le devoir de preuve, la nécessité de transparence sur les données et l’évaluation du risque psychologique…

COMMENT LES CHATBOTS PERTURBENT-ILS LES PRATIQUES DES PSYCHIATRES?

« Il nous arrive à l’hôpital le même tremblement de terre qu’à l’avènement d’Internet, estime Pierre-Alexis Geoffroy, professeur en psychiatrie à l’hôpital Bichat, à Paris. La quasi-totalité de mes jeunes patients, de 18 à 40 ans, ont utilisé ChatGPT ou un autre chatbot avant de venir me voir, qu’ils souffrent de dépression, d’insomnie, de troubles bipolaires, de schizophrénie ou d’anxiété. » Ils se renseignaient déjà en ligne, poursuit le spécialiste, « mais désormais leur “savoir”, construit en autonomie à coups d’itération avec le chatbot, devient difficile à bousculer en consultation. Ces robots conversationnels peuvent enfermer les patients dans une pensée ».

Un praticien qui préfère garder l’anonymat pour préserver celui de ses patients détaille deux cas récents : « Une personne, qui avait un trouble autistique, a été convaincue par ChatGPT qu’elle était un génie incompris en sciences et dépose depuis dossier sur dossier à des institutions pour obtenir des financements. Il y a deux ans, j’aurais diagnostiqué un délire chronique paranoïaque. En fait, ce patient vit sa relation avec le chatbot comme si celui-ci était un authentique individu. »

Ce professionnel poursuit : « Une autre personne que je suis présente un fort trouble somatoforme [préoccupations excessives au sujet de symptômes physiques], elle aime jouer avec son antidépresseur, ajoutant ou retirant une ou deux gouttes chaque jour, relate-t-il. ChatGPT lui a affirmé que cette habitude expliquait tous les symptômes fonctionnels qu’elle ressentait. J’ai contredit en consultation le chatbot, précisant que ces petits changements de dose ne pouvaient provoquer de tels effets. Mon patient m’a alors rétorqué que je ne devais pas bien saisir comment fonctionnait le cerveau ! »

Pour mieux comprendre sa maladie, un jeune patient de Stéphane Mouchabac a soumis son dossier médical à son chatbot. « “Voilà ce que ChatGPT répond à mes questions, qu’en pensez-vous docteur ?”, m’a-t-il dit en début de consultation, se souvient le psychiatre de l’hôpital Saint-Antoine. J’ai pu confirmer ou infirmer certaines réponses, mais j’ai le sentiment qu’on n’est plus seulement deux, le psychiatre et le patient, dans mon bureau. »

La survenance de ces cas « entraîne pour l’instant des discussions informelles entre médecins sans vraiment de réflexion organisée », note Philippe Domenech, professeur en psychiatrie à l’hôpital Saint-Anne. Ce spécialiste des troubles obsessionnels compulsifs, particulièrement ouvert aux technologies, reconnaît cependant que « tout va très vite et que ce n’est pas simple de saisir l’ampleur de ce qui est en train de se passer ».

Depuis la Harvard Medical School, le professeur John Torous dit ne pas être surpris de ces exemples. « En France, en Amérique ou en Afrique du Sud, ces usages perturbent la profession, le phénomène est mondial », affirme cet expert, principal auteur de plusieurs méta-analyses de référence sur la psychiatrie numérique. « Cette perturbation n’est pas encore une disruption totale, car les outils numériques utilisés par les personnes [applications, robots conversationnels] ne gèrent encore pas bien les soins psychiatriques médicaux. » Mais, lorsque ceux-ci deviendront meilleurs et plus sûrs, ajoute-t-il, « cela changera notre façon de pratiquer. Nous devrons alors réfléchir à la manière de les intégrer ».

POURQUOI LES GAFAM VEULENT PESER SUR LE SECTEUR DE LA SANTÉ MENTALE?

Depuis des décennies, la psychiatrie moderne est à la recherche de « biomarqueurs », des indicateurs objectifs tels qu’une prise de sang ou une image cérébrale qui aideraient un psychiatre à confirmer qu’une personne souffre de dépression, de schizophrénie ou de bipolarité. Mais, malgré les progrès des connaissances et les quelque 1 600 publications scientifiques sur ce sujet chaque année, « aucun biomarqueur n’est utilisé pour le diagnostic, qui reste clinique à ce jour », a déploré le psychiatre Pierre-Alexis Geoffroy lors du dernier sommet de l’encéphale à Paris, en janvier 2025.

Ce praticien a même ajouté que sa profession connaissait « une crise de la validité et de la fiabilité physiologique de [ses] diagnostics ». Cette situation est notamment liée à la complexité des cas à traiter : les symptômes des pathologies sont hétérogènes et varient dans le temps, l’histoire d’un patient et son environnement doivent être pris en compte.

D’où l’espoir suscité par les données personnelles multimodales rendues accessibles par les outils numériques. Des heures d’insomnie au degré de stress mesuré par l’activité électrodermale de la peau qui transpire, ces informations peuvent être captées passivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des objets connectés (bracelets, smartphones) ou récoltées sur des applications sous forme de questionnaires.

« Les nouvelles méthodes d’intelligence artificielle vont nous permettre d’approcher ces nouveaux biomarqueurs avec une compréhension plus large », pronostique Pierre-Alexis Geoffroy. Raphaël Gaillard ajoute que « le diagnostic psychiatrique, souvent perçu comme subjectif, repose sur l’analyse d’une multitude de petits indices faite par un médecin expérimenté ». L’IA, poursuit-il, « va peut-être permettre de reproduire ce processus de manière algorithmique et externe, en ramassant des données qui sont autant de signaux faibles qu’on n’arrive pas à agréger ».

Ce défi, et le marché économique croissant qui l’accompagne, intéresse depuis des années les Gafam. En 2020, Amazon avait publié avec l’université de Sydney (Australie) les résultats d’une recherche sur des personnes anxieuses ou déprimées qui s’auto-évaluent avec le robot Alexa. Cette même année, X The Moonshot Factory, le laboratoire d’innovations radicales de Google Alphabet, mettait fin à un projet de trois ans, Amber, qui ambitionnait de « réduire radicalement l’anxiété et la dépression chez les jeunes », selon un document confidentiel dont Le Monde a pris connaissance. Ce programme, élaboré notamment avec les universités Stanford et de San Diego (Californie), voulait analyser avec une IA de type apprentissage machine trois types de données : des ondes cérébrales, des informations captées par des objets connectés et des réponses à des questionnaires par l’intermédiaire du smartphone. Contactée, l’entreprise américaine a confirmé l’existence d’Amber et a précisé que le projet avait mis en open source, à sa clôture, « ses conceptions matérielles et ses logiciels [tout en] permettant l’utilisation gratuite des brevets et des applications de l’équipe ».

Cinq années plus t**d, grâce au développement fulgurant de l’IA générative, les Gafam apportent de nouvelles propositions technologiques. Dans un article de JAMA Psychiatry du 19 novembre 2025, des chercheurs de Google DeepMind mettent en avant la « psychométrie générative » pour évaluer la santé mentale. Cette approche « exploite l’IA générative pour synthétiser des données multimodales », afin de « créer des données structurées à partir d’expériences humaines subjectives », précise Joëlle Barral, directrice de la recherche de Google DeepMind, dans un post sur LinkedIn. Microsoft, sous la plume de son directeur de la stratégie technologique, Thomas Klein, a publié, le 21 novembre, le livre L’IA au service de la santé, dont un chapitre est consacré à la santé mentale. « Tout comme l’imagerie médicale ou les antibiotiques, les outils informatiques ont révolutionné la pratique médicale, les LLM et l’IA pourraient bien constituer le prochain saut quantique en santé », explique le dirigeant.

L’incursion dans le secteur de la santé mentale de ces géants, dont les capitalisations boursières dépassent le produit intérieur brut de certains Etats, est commentée avec prudence par le monde psychiatrique. « Je n’ai rien dans l’absolu contre eux, mais ces acteurs sont dans le business et les données, nous, on est dans le soin, constate Stéphane Mouchabac. L’innovation numérique en psychiatrie doit obéir exactement aux mêmes règles éthiques et réglementaires que la médecine en général. »

Le professeur Raphaël Gaillard rappelle le point cardinal du secret médical en médecine. « Où vont numériquement les informations concernant les personnes ? Où sont-elles stockées ? Comment leur sécurité est-elle garantie ? », s’interroge-t-il. Le Français Guillaume Dumas, professeur de psychiatrie computationnelle à l’université de Montréal (Canada), ajoute : « En vertu du Patriot Act, les données hébergées aux Etats-Unis ne sont, selon moi, pas en sécurité car elles peuvent être saisies par un gouvernement pour des raisons politiques. »

Depuis Harvard, John Torous apporte d’autres réserves. « Je ne suis pas contre le fait que ces plateformes nous aident un jour à améliorer la situation mondiale en matière de santé mentale. Mais, sans investissement direct et sans construction de modèles spécifiques à la psychiatrie, les résultats ne seront pas là. Ramasser énormément de données permet peut-être d’obtenir une conversation thérapeutique, mais cela ne constitue pas une réelle thérapie. »

PEUT-ON FAIRE CONFIANCE AUX NOUVEAUX ROBOTS CONVERSATIONNELS SPÉCIALISÉS EN SANTÉ MENTALE?

Le 25 novembre 2025, au colloque parisien Adopt AI, la société allemande HelloBetter a officiellement lancé Ello, chatbot spécialisé en santé mentale. « Comme on se brosse les dents chaque jour, Ello est conçu pour gérer le stress quotidiennement. Tout un chacun peut avoir besoin un jour de parler à quelqu’un », a relevé devant une salle comble Hannes Klöpper, PDG de l’entreprise.

Cette société est aussi à l’origine d’une application proposant des programmes de thérapie cognitivo-comportementale remboursés par la sécurité sociale allemande et utilisée « par 20 % des psychiatres », notamment pour des cas de burn-out, d’après M. Klöpper. HelloBetter met en avant sa culture académique en affirmant avoir réalisé trente essais contrôlés randomisés (comparaison avec des utilisateurs d’un placebo) de son application, conçue à partir des travaux du professeur de psychologie David Daniel Ebert (université technique de Munich).

Ce nouveau chatbot a été nourri des « interactions de HelloBetter avec ses 140 000 patients », précise son PDG. Surtout, des psychologues entrent en relation avec l’utilisateur, par chat ou par téléphone, en cas de signal de détresse détecté. Pour certifier l’efficacité d’Ello sur le sommeil, l’anxiété et la dépression, « un essai contrôlé randomisé est prévu au premier trimestre de 2026 », précise le dirigeant.

Ello va cependant devoir prouver scientifiquement sa crédibilité. Un premier revers vient en effet de toucher la société américaine Slingshot AI, qui a levé 93 millions de dollars (80 millions d’euros) à l’été 2025 pour lancer Ash, son chatbot spécialisé. Un journaliste britannique de The Verge a révélé le 10 décembre qu’Ash n’arrivait pas, en cas d’urgence, à lui donner le bon numéro de la ligne d’assistance au su***de : il donnait le numéro américain et non le numéro anglais, lieu de résidence de l’utilisateur. « Si une entreprise ne peut même pas faire apparaître le bon numéro d’urgence, cela vous indique que l’outil n’est pas prêt pour les soins cliniques », remarque le psychiatre John Torous. Ce dernier a été auditionné, le 18 novembre, à la Chambre des représentants des Etats-Unis dans le cadre d’une enquête sur les risques des chatbots. Le même mois, le comité consultatif sur la santé numérique de la Food and Drug Administration, l’agence américaine chargée de la surveillance des produits alimentaires et des médicaments, s’est penché sur la difficulté de prouver leur efficacité.

Un seul projet de chatbot thérapeutique, Therabot, non commercialisé et développé par des chercheurs du Dartmouth College (New Hampshire), a pour l’instant réalisé des essais contrôlés randomisés. Mais, déplore John Torous, le groupe témoin était une « liste d’attente » (soit les personnes utilisent Therabot, soit elles ne font rien). Ces essais, dit-il, « nous montrent que des gens présentant des problèmes de santé mentale peuvent utiliser un chatbot, ce que nous savions déjà. Nous voulons une étude comparant un chatbot thérapeutique à un chatbot de simple conversation afin d’isoler l’effet réel de la thérapie ». Pour cet expert de la psychiatrie numérique, « il est inquiétant que personne n’ait encore produit une étude de haute qualité avec un véritable groupe de contrôle actif. »

Le Monde du 14 janvier 2026

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