07/02/2026
— Tu sais quoi, Lucie ? Je ne viendrai plus. Je ne suis pas ta bonne !
La voix de Françoise résonne encore dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre la tasse de café entre mes mains tremblantes. Camille, ma fille de quatre ans, tousse dans sa chambre. Mon mari, Antoine, est déjà parti travailler ; il a fui la tension matinale comme on fuit un orage. Je me retrouve seule avec ma colère, ma culpabilité et le silence brutal laissé par la porte qui vient de claquer.
Tout a commencé par une remarque banale. Françoise a critiqué la façon dont j’avais rangé les jouets de Camille :
— Franchement, Lucie, tu pourrais faire un effort. On ne s’y retrouve jamais ici.
J’ai répondu sèchement, fatiguée par une nuit blanche à surveiller la fièvre de Camille :
— Si ça ne te plaît pas, tu n’es pas obligée de venir.
Je n’aurais jamais cru qu’elle prendrait mes mots au pied de la lettre. Mais ce matin-là, quelque chose a cédé. Peut-être chez elle, peut-être chez moi.
Je me suis assise sur le carrelage froid de la cuisine, les larmes aux yeux. J’ai repensé à toutes ces fois où Françoise était venue nous aider : les courses, les lessives, les repas improvisés quand je rentrais t**d du travail. Mais aussi à toutes ces petites piques, ces critiques voilées sur mon organisation, sur mon rôle de mère.
Camille a crié :
— Maman !
Je me suis précipitée dans sa chambre. Elle était brûlante de fièvre, ses joues rouges comme des coquelicots. J’ai appelé le médecin, qui m’a rassurée : « Ce n’est qu’une angine, mais surveillez bien. »
Mais comment surveiller seule ? Comment tout gérer quand on se sent déjà au bord du gouffre ?
Le téléphone a vibré. Un message d’Antoine : « Ça va ? »
J’ai failli répondre non. Mais j’ai écrit : « Oui, ça va. »
Pourquoi est-ce si difficile de demander de l’aide ? Est-ce la fierté ? L’envie de prouver que je peux tout faire sans personne ? Ou la peur du jugement ?
Le lendemain, j’ai croisé Françoise devant la boulangerie. Elle m’a ignorée. J’ai senti mon cœur se serrer. J’aurais voulu lui dire merci pour tout ce qu’elle avait fait. J’aurais voulu m’excuser pour mes mots blessants. Mais je suis restée muette.
Les jours ont passé. Camille allait mieux, mais moi je m’épuisais. La maison était sens dessus dessous. Je n’avais plus la force de cuisiner ni même de sourire à Antoine le soir.
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