15/04/2026
Édito d’avril
La parole des psychanalystes
Il est souvent reproché aux psychanalystes leur décalage, leur différence. Cette animosité envers eux ne s’arrête pas à leur langage technique mais leur méthode agace aussi : malgré quelques notions à tendance universelle, la psychanalyse n’est pas une vision du monde, pas une morale non plus ; et malgré ses effets thérapeutiques, de surcroît disait Lacan, la psychanalyse n’est pas une evidence-based medicine, elle ne cherche pas à objectiver mais plutôt à subjectiver. Que leur pratique demeure énigmatique désarçonne.
Comment font-ils alors, quand ils sortent de leurs cabinets et leurs institutions, pour expliquer voire défendre leur pratique – ce qui est parfois nécessaire ?
Passer de l’écoute à se faire entendre ? Assumer une parole alors que le discours de leur exercice quotidien les confine à une sorte de discrétion au bénéfice du patient ? Si leur parole – même sous forme d’un silence – fait autorité dans le cadre du transfert, quelle valeur aura-t-elle dans le social ? Notons que ce lien social est en général organisé par la maîtrise, les connaissances ou la revendication.
Marcel Czermak, l’un de nos fondateurs, disait parfois que les analystes devraient être plus malins et se donner les moyens de mieux faire connaître leur discipline. Il est vrai qu’à l’heure d’internet, des écrans et des réseaux sociaux, cette invitation interroge encore : comment reconnaître dans chacune de ces modalités publiques la trace d’une ou d’un psychanalyste ? Faisons le pari que cela ne tient qu’à un mot quant aux conséquences de leurs actes : l’éthique.
Omar Guerrero, 7 avril 2026,
https://www.freud-lacan.com/documents-ged/la-parole-des-psychanalystes/