14/02/2026
T𝐇𝐄̀𝐒𝐄 𝐃𝐄 𝐃𝐎𝐂𝐓𝐎𝐑𝐀𝐓 / 𝐄𝐧𝐭𝐫𝐞𝐭𝐢𝐞𝐧 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐂𝐡𝐫𝐢𝐬𝐭𝐢𝐧𝐞 𝐀𝐍𝐆𝐎𝐓 / 𝐒𝐭𝐞́𝐩𝐡𝐚𝐧𝐢𝐞 𝐓𝐎𝐑𝐑𝐄
« J’ai quand même constaté, enfin j’ai cru constater que, chaque fois que des artistes parlent de psychanalyse, c’est pour dire : « J’ai fait une analyse… », « J’ai été en analyse quelques années et ça m’a aidé à décoincer un truc… », etc. Mais je n’en entends pas beaucoup dire : « Je suis en analyse ». Comme si on craignait qu’il y ait là un aveu de faiblesse, et comme si, finalement, cette pression qui continue de raconter que la psychanalyse est liée à la fragilité ou à la maladie et donc à mettre en rapport avec l’anormalité, avait même réussi sur ceux qui sont passés par ce travail. Moi, je tiens à le dire, je suis en analyse et pour ne rien vous cacher, je sors tout juste de séance. Et ça fait bientôt vingt ans. Etre artiste, c’est quand même lié à une chose, une qualité dont on ne parle plus qui est la sensibilité. En général, pour écrire quand même, il faut être quelqu’un de sensible. Et être sensible, c’est vu très souvent, depuis l’enfance, comme une fragilité. Combien de fois ai-je entendu quand j’étais petite que j’étais « nerveuse » ? Je n’ai jamais été nerveuse. Sensible, oui, ça c’est sûr, j’ai toujours été sensible. Mais comment écrire si vous n’êtes pas sensibles aux choses, aux mots, aux intonations, à ce que vous voyez, à ce qui vous entoure. La sensibilité, ça n’est pas une fragilité, c’est une force. Pourquoi avoir peur de cela ?
L’autre chose que je voulais dire même si très intime, c’est que ce qui se passe dans mes séances, ce que j’ai à y faire, c’est presque exclusivement lié à mon rapport à l’écriture, à ce grand désir avec lequel j’ai quand même des rapports très passionnels et qui ne sont pas de tout repos. C’est une chose extrêmement importante pour moi, dans mon quotidien. Ce truc-là, mon désir, me complique beaucoup la vie, et si je ne faisais pas d’analyse, je ne sais pas comment je m’en sortirais avec lui. Je pense que ce serait pénible, vraiment pénible. Je le fais déjà, mais je serai tout le temps, tout le temps en train de le contester, de le rejeter… Comme
un grand désir, un grand amour. Les choses très importantes, on ne cesse de les rejeter. »
[𝘌𝘯𝘵𝘳𝘦𝘵𝘪𝘦𝘯 𝘳𝘦𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘤𝘳𝘪𝘵 𝘪𝘯 "𝘓𝘢 𝘱𝘴𝘺𝘤𝘩𝘢𝘯𝘢𝘭𝘺𝘴𝘦 𝘢𝘶 𝘳𝘪𝘴𝘲𝘶𝘦 𝘥𝘶 𝘥𝘪𝘴𝘤𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘥𝘦𝘴 𝘮𝘦́𝘥𝘪𝘢𝘴 𝘥𝘰𝘮𝘪𝘯𝘢𝘯𝘵𝘴 𝘦𝘯 𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘦 - 𝘜𝘯 𝘤𝘩𝘰𝘪𝘹 𝘱𝘰𝘭𝘪𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦, 𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘦𝘵 𝘦́𝘵𝘩𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘥𝘦𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘚𝘪𝘨𝘮𝘶𝘯𝘥 𝘍𝘳𝘦𝘶𝘥", 𝘵𝘩𝘦̀𝘴𝘦 𝘥𝘦 𝘥𝘰𝘤𝘵𝘰𝘳𝘢𝘵 𝘥𝘦 𝘚.𝘛𝘰𝘳𝘳𝘦 (2025)]
Stéphanie Torre