18/02/2021
COVID-19 : impact sur la sexualité
Nathalie Barrès
Comment imaginer que la pandémie actuelle et les mesures sanitaires associées n’aient pas d’impact sur la sexualité des populations ? Le rapprochement physique, le contact et l’échange de quelques fluides font partie intégrante de la sexualité. Hormis pour les membres d’une même famille, une distanciation d’un mètre, voire deux et un siège vide sur deux est devenue une règle élémentaire dans les quelques lieux de rassemblement qui ne sont pas encore fermés … Difficile de croire que cela n’a pas de conséquence sur la vie sociale, amoureuse et sexuelle des jeunes et moins jeunes.
Un nouveau paradigme ?
Un article publié dans la r***e Sexologies fait un bilan de la recherche dans le domaine de la sexualité en lien avec l’épidémie de COVID-19. Il positionne ce que nous vivons comme la « construction et la préfiguration d’un nouveau paradigme des sexualités » où pour certains les relations sexuelles virtuelles côtoient, entretiennent, ou présupposent les relations sexuelles de la vie réelle…
Une recherche foisonnante
Dans l’abondance des publications médicales qui ont accompagné la pandémie de COVID-19, de nombreux travaux se sont intéressés aux conséquences délétères de la situation sur les modes de vie, la santé physique, psychique et sexuelle. Au 8 décembre 2020, une recherche Medline sur la base des mots clés « COVID & Sexual » faisait apparaître 381 publications ; au 4 janvier 2021, la même recherche indiquait 86.170 publications...
Les mesures sanitaires et politiques liées à la pandémie impactent l’ensemble de la vie relationnelle et sexuelle bien plus que le virus.
Un appel à publication de la r***e Archives of Sexual Behavior offre un regard sur certaines des questions qui intéressent les chercheurs. Elles concernent notamment : l’impact de la pandémie sur les droits sexuels et reproductifs ; les conséquences sur diverses populations (groupes à risques (VIH, IST), jeunes, femmes et filles, lesbiennes, g**s, bisexuels, transexuels, réfugiés et migrants, pauvres, …). Elles portent également sur le poids des mesures d’atténuation sociale sur les relations, y compris la qualité sexuelle et relationnelle, sur le choix et les préférences des partenaires, sur les stratégies mises en place pour avoir des relations sexuelles, sur l’infidélité et la santé mentale en lien avec la santé sexuelle.
Une discipline encore jeune
Plusieurs enquêtes montrent que dans le contexte de pandémie de COVID-19, la fréquence et la satisfaction sexuelle diminuent de façon importante, mais de manière variable selon les situations.
Certes, il faut considérer les conclusions de ces enquêtes avec précaution, car la représentativité des échantillons et le choix des critères (ex., la fréquence des rapports) sont parfois discutables. Ces enquêtes par ailleurs ne sont pas aisées à mettre en place. Les questions posées se heurtent encore souvent à des tabous ou soulèvent des gênes qui peuvent biaiser les résultats. Ces dernières décennies, de nombreuses enquêtes sur la santé sexuelle ont été réalisées en lien avec l’épidémie de SIDA. Elles interrogeaient plus souvent les excès, la précocité des rapports et les déviations, alors que dans le contexte actuel les questions portent plutôt sur les conséquences de la diminution globale des relations sexuelles. Les méthodologies et compétences ne sont donc pas directement transférables.
L’émergence de nouvelles formes de sexualités virtuelles
Texto, messages, échanges de photos, échanges de vidéo, etc, font partie des outils intégrés à la sexualité virtuelle classique. D’autres formes de sexualités virtuelles prennent de plus en plus d’importance. Elles s’appuient sur des technologies interactives (tarifées ou non) et font émerger de nouvelles rencontres avec contact réel entre les personnes concernées ou réalisation de scénarios érotiques virtuels. L’imagination créative des réseaux sociaux – même les plus habituels - favorise l’émergence de ces nouvelles formes de vie sexuelle, de nouvelles pratiques et de nouveaux rapports à la sexualité. Certains s’interrogent sur l’impact de cette sexualité virtuelle sur l’évolution de la morale sexuelle. Autant dire que l’exploration de ce sujet au regard de la pandémie que nous vivons n’en est qu’à ses débuts.