03/01/2021
Une nouvelle année, des vœux de bonheur... mais au fait, le yoga rend-t-il heureux ?
La quête du bonheur
Les manuels de développement personnel fleurissent sur les rayonnages des librairies, nous promettant de trouver le bonheur si nous rangeons notre maison, si nous nous levons tôt, si nous suivons quatre règles de vie d’une lointaine civilisation méso-américaine, si nous mangeons sainement, etc. Les manuels de yoga sont généralement référencés dans ce même rayon « développement personnel », il parait que si nous pratiquons assidument le yoga nous atteindrons une illumination heureuse.
Il s’agit probablement de chemins permettant d’accéder au bonheur, ou a certaines formes de bonheur, mais trop souvent le bonheur est présenté comme un objectif à atteindre, au même titre que la richesse ou le pouvoir. Et pourquoi pas, vouloir se sentir mieux est un objectif tout à fait louable et qui a priori ne cause pas trop de tort à autrui. Il serait même bien pratique de pouvoir suivre un parcours fléché.
Pour ma part, j’ai surtout remarqué, même en pratiquant chaque jour avec application le yoga, que les petites contrariétés ou les grosses déconvenues surviennent toujours. Rien à faire, nous avons beau nous préparer avec application aux petites tensions du quotidien, ou aux épreuves de la vie, l’état de bonheur est toujours un équilibre fragile qu’on le veuille ou non. Pas d’autoroute du bonheur, peut-être au mieux des petits chemins caillouteux de campagne ou des routes de montagne, la crevaison ou la sortie de route ne sont jamais loin… la destination bonheur n’est jamais acquise.
Une manière d’être
Le yoga m’a appris à prendre le temps, et plutôt que de vouloir à tout prix suivre la direction « bonheur », à observer le paysage. Et si le bonheur était une somme de petits bonheurs à cueillir sur le bord de la route ?
La première tasse de café le matin, apprendre quelque chose de nouveau, regarder les nuages, un carré de chocolat, prendre une do**he chaude, un mot gentil, être en bonne santé, regarder des enfants jouer et rire, l’été, des draps qui sentent la lessive, un câlin, un livre, aimer, la flamme d’une bougie qui danse, se réveiller reposé, le bruit des vagues, faire confiance, marcher, un appel, un message, regarder les étoiles, écouter et aider les autres, voir des amis, une respiration calme, le soleil en hiver, cuisiner pour ceux qu’on aime, sourire, se blottir dans les bras de son amoureux/se, courir, faire du yoga…
Sur mon tapis de yoga
Le yoga nous fait faire un autre voyage encore, pendant les postures, puis en Savasana, ou lorsque nous méditons. A la fin de la séance, immobiles, nous restons dans le silence, la chaleur et l’obscurité de nos paupières closes, il n’y a rien d’autre à faire que d’être là, ici et maintenant. Il n’y a plus de sensation physique, de pensée, de sagesse, d’émotion, de perception. Nous sommes dans un état sans attente, sans désir, sans sensation, sans contrainte. Nous sommes corps, pensée, souffle. Nous ne savons rien, nous ne voulons rien, nous ne faisons rien. Nous sommes pleinement heureux. Parfois nous réussissons à maintenir cet état pendant encore quelques heures, mais souvent à peine nous remettons nous en mouvement que cet état en apesanteur disparait. Et ce n’est pas grave, nous savons à quoi ressemble l’état de bonheur, nous l’avons gouté pendant quelques instants, nous savons comment y retourner, nous connaissons sa saveur.
Boire un verre d’eau à la fin de la pratique, la satisfaction d’avoir déroulé son tapis, le plaisir de prendre un moment pour soi, être détendu le soir, sentir une saine fatigue, le souvenir de ce voyage immobile.
Le bonheur est bien souvent un millier de petites choses simples, discrètes, éphémères, auxquelles il suffit de prêter attention.
« Le bonheur est comme un papillon, plus vous le poursuivez, plus il s’éloigne. Mais si vous tournez votre attention vers d’autres choses, il revient vers vous et se pose doucement sur votre épaule. »
Henry David Thoreau