19/02/2026
À LA DÉCOUVERTE DU 13e
MAURICE DELAGRANGE, DU GYMNASE AU THÉÂTRE
10, rue des Cinq-Diamants
Maurice Delagrange (1888-1947), célèbre acrobate de l’entre-deux-guerres, est intimement lié au 10 de la rue des Cinq-Diamants, où il créa un gymnase qui portait son nom, et qui devint par la suite un théâtre.
Maurice Delagrange loue (1) un terrain situé au 10 rue des Cinq-Diamants pour y construire un garage dont la demande en autorisation de bâtir date du mois d’avril 1921. En effet, sur sa fiche matricule, il est bien précisé, « ajusteur mécanicien », profession qu’il dut embrasser durant son adolescence, mais juste au-dessus, en rouge, on a ajouté « artiste gymnaste ». La fiche matricule mentionne quelques dates de ses tournées. Ainsi, en août 1912, il est à Vienne, le mois suivant il travaille dans un cirque à Budapest, en 1913, il est à Rome, en janvier 1914 à Londres, au Sinclair Road Olympia, en avril à Stockholm, au cirque Orlando. On peut mentionner un séjour à Chicago en décembre 1935, au Blackstone Hotel, puis un autre en 1936, à Buenos Aires, au Teatro Casino (2).
Maurice Delagrange fut l’un des trapézistes de la troupe Raynat (3), où « il avait voltigé à main nue sur toutes les pistes d’Europe, un banquiste pur » (4), alors que d’autres le mentionnent également comme porteur chez les « Champions du trapèze volant », la troupe Algévol (5). Mais quelques problèmes de santé l’obligent à arrêter le cirque.
Le 13 février 1931, il se marie avec Christiane Gorju (6), plus connue par son nom de scène, Chrysis de la Grange (1910-1992). Maurice Delagrange va la former dans son gymnase de la rue des Cinq-Diamants et en faire l’une des acrobates les plus célèbres de la place de Paris, ce qui explique les séjours à Chicago et Buenos Aires où il dut simplement accompagner son épouse.
Revenons à la rue des Cinq-Diamants. La presse mentionne : « un hangar, rafistolé de planches en long et de tôles en travers, prenant jour par un plafond vitré. Au fond du hangar, trois ou quatre marches mènent à une petite pièce que Maurice Delagrange nomme pompeusement la salle de culture physique » (7). Durant les années 1920, ledit hangar a peut-être été employé comme garage de façon éphémère, tout au moins le recensement de 1926 mentionne un veuf, Armand Guerre, « mécanicien », y habitant, avec ses deux fils, Gustave, « manœuvre », et Armand, « mécanicien ».
La salle de sport est quant à elle gérée par la Société athlétique de la Maison-Blanche fondée le 25 mai 1922 et dont l’objet est la « pratique des sports, des poids et haltères et de la lutte » (8). Parfois, la salle est pompeusement dénommée « gymnase Delagrange » où quelques compétitions ont lieu. Par exemple, en février 1924, une compétition de boxe pour désigner « les cinq diamants de la Maison-Blanche » (9) ou bien en juin de la même année, une compétition intitulée le « Gant d’Or de la Maison-Blanche » (10). En 1923, le gymnase accueille le championnat de Paris de poids et haltères : « Aujourd’hui aura lieu, au Gymnase Delagrange, la deuxième séance du championnat de Paris de la Fédération Française de Force. Les meilleurs athlètes de Paris seront là, et la lutte permet d’être particulièrement chaude » (11). Au début des années 1930, le gymnase devient le centre d’entraînement de la Fédération sportive du travail (12).
Quant à Maurice, il habite les lieux à partir de 1932 et avec son épouse Christiane selon le recensement de 1936 où ils sont tous les deux qualifiés d’artistes, lui avec tout de même un point d’interrogation. Durant les années 1930, il semble s’occuper de son gymnase en alternance avec d’autres activités plus secondaires. Dans son acte de mariage, il est qualifié de « plombier » (13). Le couple divorce le 2 juillet 1944, mais Maurice résidera au 10 rue des Cinq-Diamants jusqu’à son décès le 7 octobre 1947 (14).
Bien après, le théâtre des Cinq-Diamants ouvre ses portes en 1979 dans les locaux du gymnase Delagrange. En effet, si l’on compare une photographie d’époque (15) avec celle du théâtre avant sa démolition en 2008, il s’agissait bien du même édifice. Théâtre créé par Charles Guérif, Pierre Saurat en prend la direction en 1981. L’édifice sera démoli en 2008 puis reconstruit selon des critères plus appropriés à un édifice recevant du public ; un théâtre toujours en activité.
En savoir plus : https://experience.arcgis.com/experience/84fecd8861924339806a961d716e8304