15/11/2022
Pour Carl Gustav JUNG, un conflit psychique naît lorsqu'un "force antagoniste" inconsciente s'oppose au moi, et que celui-ci ne la refoule pas aussitôt. Le conflit psychique est conçu comme une "dissociation relative" de la personnalité, caractéristique de la névrose. En refoulant un conflit, "on se forge l'illusion qu'il n'existe pas", et l'on transforme "une souffrance connue en une inconnue d'autant plus torturante". En le tenant conscient, au contraire, et en en faisant l'objet d'un débat interne, le moi peut reconnaître les deux pôles opposés (conscient/inconscient, masculin/féminin, bien/mal, etc.) comme "nécessaires l'un à l'autre et solidaires".
L'énergie psychique circule, en effet, entre les contraires mis en tension par la dynamique conflictuelle. Si l'on évite celle-ci, "on esquive la vie". Le conflit moral est "fondé, en dernière analyse, sur l'impossibilité apparente d'acquiescer à la totalité de la nature humaine". Il est donc toujours présent dans la confrontation du moi avec l'ombre et le soi, qui engage le sujet dans les aléas et les souffrances du processus d'individuation. Le "conflit entre plusieurs devoirs", qui définit celui-ci, ne peut jamais être résolu "sur le monde rationaliste ou métaphysique" ; il doit être "enduré" jusqu'à ce qu'un symbole (un troisième terme de nature irrationnelles) rassemble les points de vue contraires en une seule image composite.
C'est donc par le conflit conscient, et la tension tragique qu'il instaure - "On est crucifié entre les contraires" - que le moi, s'ouvrant à la réalité complexe du soi, découvre son entièreté paradoxale, consciente et inconsciente. Aimé AGNEL, auquel sont empruntés ces précisions, explique également le sens de la Confrontation selon la psychologie analytique : "Mode de relation du moi avec le "monde totalement étranger" de l'inconscient collectif utilisé spontanément par Jung, dès 1913, puis tout au long de son autoanalyse, pour observer sans a priori, prendre en considération, mettre à distance et comprendre le "flot incessant de fantasmes" qui risquait de la submerger (Ma vie, souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, 1966)." Tout droit issu de la conception d'HERACLITE, la conception des opposés de Carl Gustav JUNG permet de bien comprendre sa vision du conflit.
La conjonction des opposés, qui implique par définition que ceux-ci soient distingués comme tels, crée un espace de tension entre des polarités différenciées et souvent de sens contraire. Il définit la psyché comme un système d'autorégulation qui s'appuie sur des forces contraires capables de se contrebalancer (Psychologie de l'inconscient). La conjonction des opposés n'est donc pas un feint repos de l'âme ou le retour régressif à une unité primitive où régnerait l'indifférenciation, mais comme dans l'exemple de l'arc ou de la lyre du philosophe d'Ephèse, qui n'existent que par le jeu des forces opposées dont ils sont constitués et où "le discordant s'accorde avec lui-même : accord de tensions inverses" (HERACLITE), elle consiste en un dynamisme qui est le moteur même de la vie psychique : "Ce n'est que du heurt des contrastes que jaillit la flamme de la vie"
Jung , (Psychologie de l'inconscient).