03/03/2026
En ce début du mois de mars, j'ai décidé de publier une série de note sur ce que je considère être une évaluation complète du TDAH. Tous les mardis et jeudis de ce mois, je vais donc vous en parler.
Note 1 — Évaluer le TDAH : bien plus qu'une liste de symptômes
Il existe une idée répandue, y compris parmi les professionnels, selon laquelle évaluer un TDAH est une démarche relativement simple. On recueille des informations, on vérifie si les critères sont présents, on pose un diagnostic. Cela se traduit parfois avec des consultations de 20 à 30 minutes qui aboutissent à un diagnostic.
Cette vision n'est pas fausse. Mais elle est incomplète. Et cette incomplétude a des conséquences réelles sur la qualité du diagnostic, sur l'orientation thérapeutique, et finalement sur l'accompagnement du patient.
Alors, qu'est-ce qu'évaluer un TDAH implique vraiment ?
Trois sphères, pas une !
L'une des premières choses que je pose dans mes formation est une distinction qui semble évidente, mais qui est souvent aplatie dans la pratique : l'évaluation du TDAH ne se joue pas dans une seule sphère, mais dans trois.
1. Le diagnostic médical d'abord. C'est la question du trouble en lui-même, de sa présence et de sa nature au sens classification.
2. Le diagnostic fonctionnel ensuite. Il s'agit de comprendre comment le trouble s'exprime dans la vie concrète du patient : à l'école, au travail, dans la famille, dans les relations sociales. Quels domaines sont impactés ? De quelle manière ? Avec quelle intensité ?
3. Le diagnostic cognitif enfin. Quelle est la palette des stratégies que le patient utilise ? Quelles sont ses forces, ses faiblesses ? Comment son fonctionnement interagit-il avec son environnement quotidien ?
Ces trois sphères ne sont pas redondantes. Elles ne se déduisent pas totalement l'une de l'autre. Un patient peut présenter un tableau clinique dans une sphère sans que les deux autres soient affectées de la même façon. C'est précisément parce qu'elles peuvent diverger qu'il est nécessaire de les explorer chacune avec méthode.
Cela nous amène à réaliser une démarche structurée, pas une impression clinique.
En effet, ce qui caractérise une évaluation rigoureuse du TDAH, c'est qu'elle suit une progression. Elle ne part pas d'une impression pour aller chercher ce qui la confirme.
Elle part d'une demande, formule des hypothèses, les met à l'épreuve de données recueillies de manière systématique, et aboutit à une formulation clinique argumentée.
Cette progression prend du temps. C'est peut-être la vérité la plus inconfortable à formuler dans un contexte où les listes d'attente sont longues et les ressources limitées. Mais une évaluation bâclée n'est pas neutre : elle peut produire des diagnostics incorrects, orienter vers des prises en charge inadaptées, ou laisser dans l'ombre des éléments qui modifient pourtant tout le tableau clinique.
De plus, l'évaluation du TDAH est rarement l'affaire d'un seul professionnel. Elle mobilise des regards croisés : celui du clinicien qui conduit l'entretien, celui de l'enseignant qui observe l'enfant en classe, celui du médecin qui évalue la dimension médicale, parfois celui d'autres spécialistes selon les hypothèses en présence. Ce n'est pas une faiblesse de la démarche. C'est une de ses caractéristiques essentielles. Comprendre cela change la façon dont on conçoit son propre rôle dans l'évaluation.
Au cours des prochaines notes, nous allons suivre cette démarche étape par étape. De la toute première consultation — bien plus décisive qu'elle n'y paraît — jusqu'aux questions les plus complexes que pose le tableau clinique du TDAH.
Parce que la prochaine étape est peut-être celle que l'on sous-estime le plus : avant même de penser aux outils, il y a une question fondamentale à poser. Pourquoi cette personne vient-elle consulter — et qui, exactement, formule cette demande ?
C'est là que tout commence.
J'espère que cette série vous plaira et permettra de comprendre un peu mieux, comment personnellement, j'envisage et j'enseigne l'évaluation du TDAH.