04/12/2025
Cette semaine, j'ai reçu un homme. Un homme brisé, à l'histoire tragique.
✅Il est venu de la part d'une amie, qui lui a conseillé le cabinet pour s'apaiser. Il m'explique lors de la prise de rdv avoir vu l'évolution sur elle et voulait essayer la même chose.
Il est donc arrivé à priori de sa propre initiative, et la séance était censée être une séance classique.
🥺Seulement voilà, à peine arrivé, il est resté sur la réserve, ne répondait pas à mes questions. Le sentant stressé, j'ai essayé d'engager le dialogue de la manière habituelle, la mienne : par l'humour et la douceur.
🤔Au bout de 10 minutes, sans réponses, face à une personne totalement fermée, j'ai envisagé de lui suggérer d'écourter la séance, ne voulant pas aider quelqu'un qui n'en a pas envie ou qui n'est pas prêt à recevoir cet accompagnement.
Seulement voilà. Son langage non-verbal était évident : dos figé, droit, bras croisés, visage fermé, jambes et pieds en mouvement permanent, le regard fuyant.
=> Traduction : je n'ai pas envie d'être là, je suis mal à l'aise, je me sens en danger
🫶Je me suis donc permise de lui donner ces traductions possibles, en lui demandant ce qui résonnait le plus en lui : pas envie ou peur de ce qui pouvait sortir et de devoir y faire face ?
- Sa réponse : je suis là parce que j'ai fait quelque chose de terrible et que je ne vois pas comment vous le partager.
- Ma réponse : dites-le avec vos mots, le seul jugement que vous percevrez sera probablement le vôtre.
💗Alors, il a partagé. Son passé de délinquant. De mari violent. De père violent. La mort de son enfant dans un accident de la route. Sa haine envers lui-même.
Ce jour-là, nous n'avons pas fait grand-chose sur un plan corporel, j'ai surtout écouté un homme qui ne peut plus se regarder en face, persuadé d'être le pire homme du monde.
✅Il est parti aussi triste qu'en arrivant, mais il m'a dit "merci, j'ai peut-être une chance de vivre finalement"
S'il reprend rdv, j'aurai plaisir à l'accompagner vers le vrai Lui, celui qu'il pourra regarder dans le miroir, sans honte et avec espoir.
Une collègue m'a demandé comment j'avais réussi à accompagner une aussi vilaine personne. La question elle-même m'a choquée.
On naît/on est tous égaux. La vie et nos décisions nous amènent à prendre des chemins différents, voilà tout.
En quel nom je pourrais me permettre de juger qui je peux aider et qui je ne peux pas aider.
Je n'ai pas choisi ce métier pour ça.
La dernière séance de cette journée m'a ébranlée. Généralement, j'arrive à faire la part des choses. Mais là, ça résonne trop avec l'une de mes frustrations : le jugement d'autrui. Grrrrr !!
🫶 Gaëlle 🫶