30/01/2026
Vouloir accompagner les autres, les motiver est totalement honorable . On percoit cependant pas mal de derives sur ce coaching a tout va..en s’appuyant uniquement sur sa propre expérience, sans formation en psychologie, on se doit de s interroger sur ce qu on transmet reelement et de savoir mettre des limites saines.
Forces, apports… et dangers réels
L’expérience vécue : un savoir incarné, mais non universel
L’expérience personnelle est un matériau puissant. Elle donne accès à une compréhension intime de la souffrance, du doute, de la transformation. Ce savoir est incarné, émotionnel, profondément humain.
Apport : il crée de la résonance, du lien, un sentiment d’être compris de l’intérieur.
Danger : l’expérience personnelle n’est jamais universelle. Ce qui a fonctionné pour soi peut être inadéquat, voire nocif, pour un autre. Il existe un risque de projection : confondre « ce que j’ai vécu » avec « ce que l’autre vit ». Sans cadre théorique, ce biais est difficile à repérer.
La relation humaine avant la théorie : puissance… et angle mort
Une relation authentique, chaleureuse et présente peut être profondément réparatrice. Beaucoup de personnes se transforment parce qu’elles se sentent enfin écoutées, sans être analysées ou jugées.
Apport : cela dédramatise, humanise, redonne du pouvoir à la personne.
Danger : la relation seule ne suffit pas toujours. Certaines souffrances relèvent de mécanismes psychiques complexes (traumatismes, troubles anxieux, dépression, dissociation…). Sans formation, l’accompagnant peut minimiser, mal interpréter, ou retarder une prise en charge nécessaire, parfois avec des conséquences graves.
L’intuition : outil fin… ou piège de toute-puissance
L’intuition peut être une lecture subtile des émotions, du non-dit, des mouvements internes. Lorsqu’elle est mature, elle aide à ajuster sa posture avec finesse.
Apport : elle permet une écoute profonde, au-delà des mots.
Danger : sans cadre, l’intuition peut devenir une croyance personnelle non vérifiée. L’accompagnant peut attribuer à l’autre des intentions, des blessures ou des “blocages” qui relèvent en réalité de sa propre histoire. Le risque est de prendre son ressenti pour une vérité, voire de glisser vers une posture d’influence ou d’emprise.
L’humilité de “ne pas savoir” : richesse… mais insuffisante seule
Ne pas se croire expert de l’autre est une posture saine. Elle favorise l’autonomie et la co-construction.
Apport : cela évite le dogmatisme et les recettes toutes faites.
Danger : l’absence de repères théoriques peut aussi conduire à une errance. Tout ne se vaut pas, tout ne se “sent” pas. Certaines situations nécessitent des connaissances précises pour être comprises et contenues. L’humilité ne remplace pas la compétence.
Accompagner n’est pas soigner : une frontière souvent floue
Poser une limite claire entre accompagnement et soin est indispensable.
Apport : lorsque cette limite est respectée, l’accompagnement peut être un espace de croissance et de clarification.
Danger majeur : dans la pratique, cette frontière est fréquemment franchie sans que l’accompagnant ou la personne accompagnée s’en rende compte. Aborder les blessures d’enfance, les traumatismes, les schémas inconscients sans formation expose à des réactivations émotionnelles non contenues. L’accompagnant peut se retrouver dépassé, et la personne en insécurité psychique.
La légitimité par la cohérence personnelle : inspirante… mais non suffisante
Avoir transformé sa propre vie donne une légitimité existentielle. La cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on est est essentielle.
Apport : elle inspire confiance et crédibilité humaine.
Danger : la réussite personnelle ne garantit pas la capacité à accompagner l’autre. Le risque est de confondre témoignage et accompagnement, ou de chercher inconsciemment à réparer sa propre histoire à travers les autres.
Synthèse lucide et responsable
Accompagner en s’appuyant uniquement sur sa propre expérience peut être aidant, à condition de :
rester dans un champ clairement défini,
reconnaître ses limites sans les maquiller en intuition,
orienter vers des professionnels lorsque c’est nécessaire,
accepter que certaines souffrances ne se traversent pas uniquement par le vécu partagé.
Les dangers apparaissent dès que l’expérience personnelle devient une vérité générale, que l’intuition remplace le discernement, ou que l’accompagnement glisse vers le thérapeutique sans cadre ni formation.
Un accompagnant responsable n’est pas celui qui “a tout vécu”, mais celui qui sait jusqu’où il peut aller — et surtout jusqu’où il ne doit pas aller.