17/12/2025
Tdah et suivi…
🧠 Pourquoi un traitement qui “fonctionne” peut-il être abandonné alors même qu’il améliore réellement les symptômes du TDAH ?
Depuis des années, les données convergent : les traitements pharmacologiques du TDAH améliorent l’attention, l’impulsivité, l’organisation. Et pourtant, près d’un adulte sur deux arrête dans la première année, et seuls 30 à 40 % poursuivent à plus long terme.
Comment expliquer ce paradoxe persistant entre efficacité démontrée et abandon fréquent ?
🎭 Ce moment précis où le diagnostic tombe.
Pour beaucoup, c’est un soulagement immédiat : tout à coup, le passé se réorganise. Les échecs, la fatigue, la sensation de lutter en permanence prennent sens.
Mais ce soulagement cohabite vite avec d’autres mouvements : le doute (“ai-je vraiment un TDAH ?”), la colère (“pourquoi si t**d ?”), parfois même une remise en question identitaire (“suis-je encore moi sous traitement ?”). C'est souvent une étape de la prise en charge et c'est l'objet de la première séance du Module 1 de mes groupes thérapeutiques : "Faire la paix avec le diagnostic".
Et pendant que ce travail psychique est en cours, le traitement débute. Il faut observer ses effets, ajuster les doses, gérer les rendez-vous, supporter les effets indésirables. Comme si l’on demandait à quelqu’un déjà débordé de devenir, du jour au lendemain, expert de son propre protocole.
🔬 C’est précisément ce que cette étude qualitative menée auprès de 25 adultes environ un an après l’initiation de leur traitement a cherché à comprendre.
Pas “est-ce que ça marche ?”, mais : comment ça se vit, concrètement, dans la durée ?
À partir d’entretiens semi-structurés analysés par thématisation inductive, les auteurs décrivent quatre grands processus entremêlés qui façonnent l’adhésion ou l’arrêt.
1️⃣ D’abord, le diagnostic n’est pas un point final.
Il continue à se transformer pendant le traitement. Les récits dessinent une dynamique faite de soulagement initial, de doutes, parfois de deuil ou de colère pour les années passées, avant une forme d’acceptation plus nuancée. Cette digestion progressive du diagnostic influence directement la relation au médicament.
2️⃣ Ensuite, il y a le choc entre attentes et réalité.
Beaucoup espèrent un “avant/après” radical. Or les effets sont souvent réels mais partiels, dépendants du contexte. Une meilleure clarté mentale au travail, oui. Mais pas forcément une vie soudainement fluide. Quand l’attente est celle d’une transformation globale, l’amélioration progressive peut paradoxalement décevoir.
3️⃣ Le troisième point, souvent décisif, concerne le soutien clinique.
Certains décrivent un accompagnement étroit, collaboratif. D’autres se sentent seuls face aux ajustements, aux effets secondaires, aux choix à faire. Ce sentiment d’isolement n’entraîne pas un rejet du traitement mais une usure. D’autant plus marquée lorsque, une fois les options médicamenteuses testées, peu d’alternatives non pharmacologiques sont proposées.
4️⃣ Enfin, tout se joue dans une balance coûts-bénéfices quotidienne.
Les bénéfices rapportés sont concrets : apaisement interne, meilleure organisation, diminution du stress lié aux tâches.
Mais les coûts aussi : troubles du sommeil, baisse d’appétit, palpitations, ou encore un “effet rebond” (effet de fin de dose) en fin de journée avec fatigue ou irritabilité. Beaucoup ajustent alors leur prise de façon flexible, surtout les jours de travail, une stratégie d’équilibrage pragmatique, parfois hors cadre médical strict.
⚙️ Le médicament agit comme un réglage fin, sensible au contexte, au rythme de vie, au soutien disponible. Sans accompagnement, c’est au patient de piloter seul un système déjà complexe.
🌍 Ce que cette étude suggère, avec prudence, c’est que l’adhésion ne se joue pas uniquement sur l’efficacité pharmacologique. Elle dépend aussi de la manière dont le diagnostic est intégré, dont les attentes sont ajustées, et dont le soin s’inscrit ou non dans la réalité quotidienne.
Bien sûr, il faut garder en tête que ces résultats reposent sur un petit échantillon, principalement urbain, constitué de personnes ayant poursuivi le suivi sur un an. Ils décrivent une expérience située, dans un système de soins donné, et ne prétendent pas parler pour tous. Mais ils éclairent avec finesse ce que les chiffres seuls peinent à montrer : prendre un traitement, ce n’est pas juste prendre une molécule. Et ils correspondent assez bien à ce que j'observe dans ma pratique auprès des adultes TDAH que j'accompagne depuis des années.
Et vous, pensez-vous que la clé d’un traitement réussi tient davantage à la molécule elle-même ou à la manière dont on accompagne celui ou celle qui la prend ?
SOURCE :
Barnes, A., Denyer, H., Simblett, S., Nordby, E. S., Bilbow, A., Hayashi, W., Hoven, N., Marriott, H., Müller-Sedgwick, U., Rocks, P., Whitwell, S., Larsson, H., Folarin, A., Ramos-Qurioga, J. A., Dobson, R. J., & Kuntsi, J. (2025). Perceptions of adults with ADHD on pharmacological treatment initiation and subsequent adherence: a thematic analysis. Psychiatry research, 356, 116880. Advance online publication. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2025.116880