26/02/2026
Les réseaux et l’addiction !!
Zuckerberg à la barre : quand les milliards valent plus que nos enfants
Il aura fallu des milliers de familles brisées, des années de procédures et la mort d'adolescents pour que Mark Zuckerberg daigne enfin se présenter devant un jury. Mercredi 18 février, à Los Angeles, le patron de Meta a témoigné pour la première fois sous serment sur les effets de ses plateformes sur la jeunesse. Un moment historique, et révélateur d'un système qui a sacrifié une génération sur l'autel du profit.
Il était là, enfin. Costume sombre, cravate grise, boucles châtains légèrement ébouriffées. Mark Zuckerberg, 41 ans, l'homme qui pèse plusieurs centaines de milliards de dollars, a pris place dans le box des témoins d'un tribunal civil de Los Angeles. Une première dans ces conditions. Pour la première fois de sa vie, le fondateur de Facebook, Instagram et WhatsApp devait répondre, sous serment, devant douze jurés ordinaires, des dégâts causés par ses plateformes sur la santé mentale des jeunes.
Ce procès n'est pas tombé du ciel. Il est l'aboutissement d'une lutte longue et épuisante menée par des milliers de familles américaines qui ont vu leurs enfants sombrer dans l'anxiété, la dépression, l'anorexie, parfois jusqu'au su***de. La plaignante, Kaley G.M., est une jeune Californienne de 20 ans. Elle s'était inscrite sur Instagram en 2015, à 9 ans seulement, à une époque où la plateforme ne contrôlait pas l'âge de ses utilisateurs. Aujourd'hui, elle accuse Meta et Google d'être responsables de son addiction, qui a engendré chez elle anxiété, dépression et pensées suicidaires.
Ce dossier n'est que le premier d'une longue série. Les procédures en cours à Los Angeles se déroulent en parallèle d'une procédure similaire menée à l'échelle nationale, devant une juge fédérale d'Oakland, susceptible de déboucher sur un autre procès en 2026. Meta est aussi en procès ce mois-ci au Nouveau-Mexique, où un procureur accuse le groupe de privilégier le profit au détriment de la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels. Les spécialistes parlent ouvertement du "moment Big To***co" de l'industrie des réseaux sociaux : comme les cigarettiers en leur temps, ces géants auraient sciemment dissimulé les dangers de leurs produits.
Le modèle économique, lui, est simple et brutal. Meta vend de la publicité. Plus les utilisateurs restent longtemps sur ses plateformes, plus l'entreprise enregistre de revenus. Le résultat est là : 60 milliards de dollars de revenus au dernier trimestre. Pour maintenir ces chiffres vertigineux, il faut capter l'attention. Et rien ne capte mieux l'attention qu'un cerveau adolescent, malléable, en quête de validation sociale et encore incapable de résister aux mécanismes de récompense artificielle que ces plateformes ont été conçues pour déclencher.
Pendant six heures d'audience, Zuckerberg a défendu son entreprise, parfois avec ardeur, à d'autres moments agacé, secouant la tête, donnant des réponses de plus en plus animées. Face aux questions de l'avocat de la plaignante, Mark Lanier, il a répété à plusieurs reprises que ses propos étaient mal compris, mal interprétés, mal contextualisés. "C'est pas ce que je dis." "Vous déformez mes propos." "Vous me faites dire ce que je n'ai pas dit." Le milliardaire n'a pas l'habitude qu'on lui tienne tête.
Les documents internes brandis par la partie adverse racontent pourtant une autre histoire. Un document interne fixait pour objectif d'amener les utilisateurs à passer 40 minutes par jour sur Instagram en 2023, et jusqu'à 46 minutes en 2026. Face à ces preuves, Zuckerberg a tenté de rhabiller la réalité : ces chiffres ne seraient que des "jalons", des "indicateurs de satisfaction", pas des objectifs d'addiction. La distinction, pour les familles qui attendaient dehors sous la pluie, sonnait creux.
Car dehors, il y avait des mères. Des pères. Des gens qui ont campé toute la nuit devant le tribunal pour avoir une place dans la salle. Parmi eux, des mères d'adolescents s'étant suicidés retenaient visiblement leur colère. L'une d'elles tenait dans ses bras la photo de sa fille de 14 ans, morte après s'être procuré du fentanyl via les réseaux sociaux. Ce sont ces visages-là, ces douleurs-là, que le costume sombre de Zuckerberg avait en face de lui.
Sur la question de l'âge minimum, le patron a concédé, du bout des lèvres, qu'Instagram aurait dû agir plus tôt. Instagram a attendu 2019 pour commencer à demander leur date de naissance aux personnes souhaitant créer un compte, avant d'élargir cette obligation à l'ensemble des usagers en 2021. En 2015, selon des documents internes, plus de 4 millions d'utilisateurs d'Instagram avaient moins de 13 ans. "J'aurais voulu qu'on y arrive plus vite", a lâché le témoin. Trop peu, trop t**d.
TikTok et Snapchat, également visés par ces plaintes, ont préféré signer un accord confidentiel avec la plaignante avant le procès. Une façon discrète de reconnaître leur responsabilité, tout en évitant l'exposition publique que subit aujourd'hui Zuckerberg. Car la présence du patron dans ce tribunal est en elle-même une victoire politique et symbolique. D'après une étude du Pew Research Center, le pourcentage d'Américains ayant une image favorable de lui est comparable à celui de ceux qui croient que la Terre est plate.
Le patron d'Instagram Adam Mosseri, qui avait témoigné la semaine précédente, avait déclaré ne pas croire que les gens puissent être cliniquement dépendants des réseaux sociaux, préférant parler d'"utilisation problématique". Deux dirigeants, même langage : minimiser, relativiser, noyer la réalité dans les nuances sémantiques. Mais une psychiatre, entendue par le jury la veille du témoignage de Zuckerberg, avait expliqué comment les réseaux sociaux peuvent constituer la "drogue d'entrée" des jeunes, agissant sur un cortex préfrontal encore immature pour programmer des comportements addictifs.
Ce procès pourrait changer la donne. Si Meta et Google sont reconnus responsables, ils pourraient devoir payer des milliards de dollars en dommages et intérêts, et surtout être contraints de revoir en profondeur leurs algorithmes et leurs modèles de fonctionnement. Ce serait une fissure dans l'impunité dont ces entreprises jouissent depuis des décennies, protégées par une loi américaine qui les exonère quasi totalement de la responsabilité des contenus publiés sur leurs plateformes.
Une génération a grandi dans ces plateformes. Elle n'avait pas le choix. Personne ne lui a demandé son avis. Pendant ce temps, les actionnaires encaissaient les dividendes. Il est temps que quelqu'un paye.
Sources : Courrier international, France 24, Boursorama/AFP, Le Devoir, NPR, CNBC, CBS News, L'Essentiel, 20 Minutes
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