21/01/2026
Les arts martiaux et le froid ont toujours eu un lien trĂšs fort pour moi.
Ce sont deux pratiques visibles, parfois impressionnantes de lâextĂ©rieur, mais qui nâont de sens que si elles obligent Ă un vrai travail intĂ©rieur. Sans ce travail-lĂ , il ne reste que la forme, et la forme finit toujours par se vider.
Quand jâĂ©tais plus jeune et que je pratiquais le karatĂ©, on mâa transmis le DĆjĆ Kun. Un code, pas pour apprendre Ă se battre, mais pour apprendre Ă se tenir, Ă sâengager, Ă avancer avec une certaine droiture. Chercher la perfection du caractĂšre, rester fidĂšle Ă la voie, ĂȘtre constant dans lâeffort, respecter les autres, retenir toute conduite violente. Ă lâĂ©poque, je ne mesurais pas tout ce que ça allait imprimer en moi.
Puis il y a eu lâarmĂ©e, qui a encore renforcĂ© ce cadre : la discipline, la responsabilitĂ©, le respect des rĂšgles, le fait de comprendre que la force nâa de valeur que si elle est maĂźtrisĂ©e. Tout ça ne mâa jamais quittĂ©, mĂȘme quand jâai arrĂȘtĂ© le karatĂ©.
Aujourdâhui, ce cadre-lĂ , je le retrouve dans le froid. Mon dojo nâa plus de murs, il est dehors, dans une riviĂšre, un lac, dans le silence et la respiration. Le terrain a changĂ©, mais lâesprit est exactement le mĂȘme.
Le froid, pour moi, nâest pas un jeu et encore moins un spectacle. Ce nâest pas un dĂ©fi Ă montrer ni une performance Ă comparer. Câest un Ă©lĂ©ment extrĂȘmement puissant, et comme tout ce qui est puissant, il demande du respect et un cadre clair. Quand on entre dans lâeau, il nây a rien Ă prouver, seulement quelque chose Ă observer. Le froid rĂ©vĂšle ce qui est lĂ , sans filtre, sans triche possible.
TrĂšs vite, la respiration devient un repĂšre. Quand le mental sâemballe ou cherche Ă fuir, le souffle ramĂšne Ă lâessentiel. Avec le temps, on apprend aussi Ă ĂȘtre constant, Ă dĂ©placer ses limites sans se mettre en danger, Ă Ă©couter plutĂŽt quâĂ forcer. Et surtout, on apprend Ă respecter le lieu, le groupe, le silence, parce que la nature nâest pas un dĂ©cor mais un maĂźtre, parfois dur, toujours juste.
Ă la sortie de lâeau, le corps peut ĂȘtre agitĂ©, euphorique, tremblant, bruyant. Câest normal. Il y a une dĂ©charge hormonale forte, de lâĂ©nergie qui circule, du vivant qui sâexprime. Je ne cherche pas Ă contrĂŽler ça. Ce qui mâimporte, câest lâĂ©tat intĂ©rieur. La clartĂ©, lâapaisement, cette sensation dâĂȘtre recentrĂ© et plus libre Ă lâintĂ©rieur, mĂȘme si lâextĂ©rieur bouge encore.
Aujourdâhui, on voit beaucoup de pratiques autour du froid utilisĂ©es comme un jeu ou un moyen de visibilitĂ©. Ăa fait des vues, ça amuse, et je comprends aussi pourquoi. Mais pour moi, le message profond du froid ne se trouve pas dans le regard des autres. Il se trouve dans la profondeur de ce que lâon vit, quand il nây a plus rien Ă montrer.
Ce que je partage ici nâest pas une mĂ©thode miracle ni une recherche de performance. Câest une voie, un cadre, un code inspirĂ© de ce que jâai reçu et de ce que je vis aujourdâhui. Le fond reste le mĂȘme, seul le terrain a changĂ©.
Si tu viens ici pour impressionner, tu risques de passer à cÎté.
Si tu viens pour te rencontrer vraiment, alors tu es au bon endroit.