19/02/2026
J’ai entendu un thérapeute dire : « Les personnes qui ont besoin de thérapie ne viennent pas nous voir, ce sont leurs victimes qui viennent. »
Cette phrase frappe fort. Parce qu’elle met en lumière une réalité inconfortable : ce ne sont pas toujours ceux qui causent les blessures qui cherchent à guérir. Souvent, ce sont ceux qui les subissent.
Les personnes qui manipulent, rabaissent, contrôlent ou blessent émotionnellement ne se perçoivent pas toujours comme problématiques. Elles justifient. Elles minimisent. Elles projettent la faute sur les autres. Dans leur esprit, elles ont raison. Elles se défendent. Elles “réagissent”. Elles ne voient pas — ou refusent de voir — l’impact de leurs comportements.
Alors qui finit par consulter ?
Celui ou celle qui doute de sa propre perception.
Celui ou celle qui s’excuse constamment.
Celui ou celle qui se demande : “Est-ce que c’est moi le problème ?”
Les victimes arrivent en thérapie avec de la culpabilité, de la confusion, parfois même de la honte. Elles veulent comprendre ce qu’elles ont mal fait. Elles cherchent à “s’améliorer”. À “faire mieux”. À réparer ce qui n’est pas entièrement de leur responsabilité.
C’est là que la phrase prend tout son sens.
Parce que vivre face à une personne émotionnellement immature, narcissique ou instable laisse des traces invisibles. À force d’être invalidé, on finit par douter de soi. À force d’être critiqué, on finit par croire qu’on est insuffisant. À force de marcher sur des œufs, on perd son naturel.
La thérapie devient alors un espace pour reconstruire ce qui a été fragilisé. Pour réapprendre à faire confiance à son intuition. Pour comprendre que poser des limites n’est pas être égoïste. Pour réaliser que subir un comportement toxique ne fait pas de toi une personne faible.
Cela ne signifie pas que les victimes sont parfaites. Mais cela signifie qu’elles ont pris une décision courageuse : celle de vouloir briser le cycle.
Il est plus facile de nier ses torts que de les affronter. Plus facile de blâmer que d’introspecter. Plus facile de continuer à fonctionner comme toujours que de remettre en question ses schémas.
Aller en thérapie demande une humilité immense. Cela demande d’admettre qu’on a été blessé. Qu’on a besoin d’aide. Qu’on ne veut plus répéter certains modèles.
Et peut-être que la plus grande force n’est pas d’avoir été invulnérable. Mais d’avoir eu le courage de chercher à guérir.
Cette phrase rappelle aussi une chose importante : si tu es celui ou celle qui cherche à comprendre, à évoluer, à te soigner, ce n’est pas une faiblesse. C’est une preuve de conscience.
Tu n’es pas “trop sensible”.
Tu n’es pas “dramatisant”.
Tu es quelqu’un qui refuse de laisser les blessures définir son futur.
Et parfois, le simple fait de vouloir guérir te distingue déjà de ceux qui t’ont blessé.