03/02/2026
* La communication : Entre ce que j’entends et ce que l’autre dit (Partie Une)
« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d'entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous croyez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer. » — Bernard Werber, Les Fourmis
Comment est-ce que je perçois ce que dit l’autre ? Je le perçois à travers mon histoire, mes filtres, mes émotions, mes croyances et mes expériences passées. Mais aussi à travers la posture de celui qui parle, l’intonation de sa voix et les mots qu’il décide d’employer. Ces mots ont une « couleur » pour moi, et cette couleur peut être bien différente de la sienne.
Tout cela crée la communication. C’est un sujet qui touche au cœur même des relations humaines.
* Le voyage du message : les 7 obstacles
Pour bien comprendre ce décalage, décomposons le cheminement d'une idée :
- Ce que je pense : L'idée pure, encore informe dans mon esprit.
- Ce que je veux dire : Mon intention, le message trié.
- Ce que je crois dire : Mon illusion de clarté (souvent, on pense être limpide).
- Ce que je dis : Les mots réellement prononcés.
- Ce que vous entendez : Le son physique reçu, parfois parasité par l'environnement ou votre état intérieur.
- Ce que vous comprenez : Votre traduction personnelle en fonction de vos désirs et en ayant la certitude d’avoir saison l’intention.
- Ce que vous avez envie de comprendre : Votre interprétation finale, teintée par vos jugements.
* L'illusion des mots universels
On a souvent l'illusion que les mots sont des conteneurs fixes avec un sens universel, alors qu'ils sont en réalité des vecteurs chargés d'histoire personnelle. Il y a une différence majeure entre la définition brute d'un mot et l'émotion qui y est rattachée.
Le risque : On pense parler de la même chose, mais on ne vibre pas sur la même fréquence émotionnelle.
Regardons le mot « problème ». Le dictionnaire le définit comme une « question à résoudre » ou une « situation instable exigeant une décision ». Pourtant, pour un ingénieur, un « problème » peut être un défi stimulant ; pour quelqu'un d'autre, il sera une source d'angoisse profonde.
Comme j’aime souvent le dire : nous portons tous des lunettes avec des filtres de couleurs différentes. Si mes lunettes sont vertes et que vous regardez à travers un filtre jaune, nous ne verrons pas la même chose dans les mots employés.
Exemple concret : Un partenaire dit : « On devrait sortir plus souvent. »
- Ce qu'il veut dire : « J'ai besoin de connexion et de partager un moment avec toi. »
- Ce que l'autre entend : « Tu es ennuyeux, on ne fait jamais rien. » (Reproche).
Le mot « sortir » devient le déclencheur d'un conflit alors qu'il partait d'une simple envie de partage.
* L'investissement de la conscience
La communication demande un engagement des deux parties. Le premier pilier est celui de la conscience.
Victor Frankl disait : « Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace réside notre liberté et notre pouvoir de choisir notre réponse. » Être en conscience, c'est agrandir cet espace. Au lieu de réagir par automatisme (colère, justification, défense), on observe ce qui se passe en nous en identifiant nos filtres en temps réel :
- Nos préjugés : La conscience permet de se dire : « Tiens, je suis en train de juger ce qu’il dit à travers une étiquette. »
- Notre histoire : Un mot peut réveiller une blessure ancienne. En être conscient, c'est réaliser : « Ce n'est pas l'autre qui me blesse, c'est mon souvenir qui réagit. Ses mots ont activé cette partie de moi qui demande à être vue pour être guérie. »
- Nos émotions : « Je ressens de la colère, donc ma compréhension est altérée. Je ne dois pas valider mon interprétation tout de suite. »
* Devenir « L'Observateur »
Au début de mon cheminement j’étais identifiée à tout ce que je vivais. Mes émotions, mes croyances, ce que les autres disaient de moi, tout ça c’était “Moi”. Et puis un jour, à être presque continuellement dans la souffrance j’ai cherché et cherché ce qui pouvait m’aider à me sortir de ce mal être. Et j’ai découvert la notion “d’observateur”.
Qu’est-ce que l’observateur ? C’est Être en conscience, c'est être capable de sortir de soi pour regarder la scène de haut. C’est se détacher de l’identification au mal être qui est vécu pour voir ce qui est en train de se passer plutôt que de vivre l’événement comme englouti par celui-ci.
L’observateur ne juge pas. Il constate : « Il y a deux personnes qui essaient de se comprendre mais qui s'énervent autour du mot "respect". » Cette dissociation salvatrice dégonfle l'enjeu émotionnel. On passe de « Je suis attaqué » à « Une critique est émise sur mon travail ». Cette dissociation ne consiste pas à nier ses sentiments, mais à créer un espace de sécurité entre le stimulus et la réaction.
C'est devenir cet « Observateur », un outil que j’affectionne particulièrement et que j’enseigne aux personnes que je reçois.
Cette posture mène à une écoute plus globale : on écoute sans rien projeter, on laisse le silence exister. Et dans ce silence nous pouvons voir avec le regard de l’observateur, c’est à dire un regard neutre, ouvert, conscience et attentif.
Car souvent, nous n'écoutons pas pour comprendre, nous écoutons pour préparer notre réponse. La conscience brise ce cycle. Il y a écouter pour répondre et écouter pour comprendre.
* Pratiques pour revenir à soi
Quand l'émotion monte (cœur qui bat, gorge serrée), vous n'êtes plus en train de communiquer, vous réagissez. Pour revenir au présent :
- L'ancrage physique : Portez votre attention sur vos pieds en contact avec le sol ou sur votre respiration. Cela court-circuite les pensées réactives.
- Nommer l'émotion : Se dire intérieurement « Je me sens agressé » ou « Je sens de l'agacement ». Nommer l'émotion permet de ne plus s’y identifier.
- Le silence tactique : Prenez deux secondes avant de répondre. Utilisez cet espace pour valider : « Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, quand tu as dit ça, as-tu voulu dire que... ? »
Ne supposez jamais. Posez la question : « Qu'entends-tu exactement par là ? »
La communication n'est pas un but à atteindre, mais un cheminement conscient. C'est un pont que l'on construit en permanence ; ce n'est jamais un acquis.
* On a tous ce "mot déclencheur" qui part d'une bonne intention mais qui finit en tempête... 🌪️ Pour le partenaire dans mon texte, c'était le mot "sortir".
Pour vous, quel est ce mot ou cette petite phrase qui est souvent mal interprété(e) dans votre entourage ? Partageons nos expériences pour en rire et en guérir ensemble ! 👇