10/02/2026
Ce texte d'Hildegarde de Bingen est exigeant.
Il ne flatte pas, il éclaire.
Je vous invite à le lire lentement… puis à en recevoir la lecture spirituelle pour notre temps.
Les vrais croyants illuminent le monde
Dans l’épanchement de leur cœur, les vrais fidèles considèrent la grandeur de la toute-puissance divine, ils constatent l’instabilité de leur esprit et la débilité de leur cœur, ils tempèrent ainsi tous leurs actes, afin de ne pas perdre pied en dépassant la juste mesure dans les nécessités supérieures ou inférieures, comme Paul le recommande à ses fidèles : « Agissez en tout sans murmures ni contestations, afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière en lui présentant la Parole de Vie. » (Ph 2,14-16)
L’homme est comme à un carrefour : s’il cherche dans la lumière le salut qui vient de Dieu, il l’obtiendra ; s’il choisit le mal, il suivra le diable pour le châtiment. L’homme doit en effet, supporter sa nature et toutes ses œuvres sans murmures, sans les déformations du péché, sans contestations, se conduisant comme un vrai croyant. S’il aime le bien et déteste le mal, il n’exposera jamais au risque sa libération au jour du jugement dernier où il sera séparé de toutes les créatures qui ont dévié du bien en embrassant le mal.
Ceux qui agissent ainsi, en cherchant à ne blesser personne, vivent en fils de Dieu, dans la simplicité de leurs œuvres bonnes, ils évitent les murmures et les contestations, les émotions négatives, qui sont le lot du monde ordinaire. Insensibles aux pièges de la séduction, ils encouragent l’estime de ceux qui se félicitent de leur courage au sein d’une génération dévoyée et pervertie. Dans la perfection de leur vraie foi, ils brillent comme ces astres dont la mission est d’illuminer le monde, ainsi qu’en a décidé le Créateur de l’univers. Par une doctrine qui s’incarne dans la vie, ils convertiront bien des hommes à Dieu : c’est de cette manière que le Fils de Dieu, sans péché, a donné à tous la lumière.
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
abbesse bénédictine et docteur de l'Église
Le Livre des Œuvres divines, chap. 6 (in “Hildegarde de Bingen, Prophète et docteur pour le troisième millénaire” ; trad. P. Dumoulin ; Éditions des Béatitudes ; 2012 ; p. 204-205 ; rev.)
Et maintenant, comment entendre ces mots aujourd’hui ?
Lecture spirituelle – pour aujourd’hui
Chez Hildegarde, il n’est jamais question d’une foi émotionnelle ou idéologique.
Elle parle d’une foi incarnée, tenue, habitée.
✨ Les « vrais croyants »
Les vrais croyants ne sont pas ceux qui proclament, dénoncent ou combattent.
Ce sont ceux qui s’observent eux-mêmes.
Ils reconnaissent :
• l’instabilité de leur esprit,
• la fragilité de leur cœur,
• la nécessité de la juste mesure.
👉 Pour Hildegarde, la sainteté n’est pas un excès de ferveur, mais une harmonie intérieure.
✨ Le refus du murmure
Le « murmure » n’est pas ici une simple plainte.
C’est un état intérieur de résistance à ce qui est.
Murmurer, c’est :
• refuser sa condition,
• refuser sa traversée,
• se battre contre la réalité au lieu de la transformer.
👉 Le croyant véritable porte sa nature sans la maudire, sans la déformer par le ressentiment.
✨ Le carrefour
L’image du carrefour est centrale.
Hildegarde ne parle pas d’un jugement extérieur, mais d’un choix intérieur permanent :
• aller vers la lumière (clarification, vérité, cohérence),
• ou glisser vers l’ombre (division intérieure, compromis, fuite).
👉 Le bien et le mal ne sont pas abstraits : ils se jouent dans les actes quotidiens, dans l’intention silencieuse.
✨ Briller comme des astres
La lumière n’est pas une posture morale.
Elle est une conséquence naturelle.
Quand la doctrine s’incarne dans la vie :
• la personne devient cohérente,
• son rayonnement devient spontané,
• elle éclaire sans vouloir convaincre.
👉 La lumière attire. Elle ne force jamais.
Aujourd’hui, nous pourrions dire ceci : Les vrais croyants — ou les êtres vraiment conscients — ne sont pas ceux qui crient le plus fort leurs convictions.
Ce sont ceux qui :
• observent leurs réactions,
• apaisent leurs excès,
• choisissent la justesse plutôt que la domination,
• refusent de nourrir la plainte, la colère et la division.
Dans un monde saturé de tensions, ils deviennent des points de stabilité.
Ils ne cherchent pas à avoir raison.
Ils cherchent à être vrais.
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Le « murmure » moderne prend bien des formes :
• indignation permanente,
• victimisation,
• agitation mentale,
• jugement constant du monde.
Celui qui chemine intérieurement apprend à ne plus alimenter ces courants.
Non par soumission,
mais par maîtrise intérieure.
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Être « lumière » aujourd’hui, ce n’est pas se montrer.
C’est :
• agir sans blesser,
• tenir une parole juste,
• rester aligné même quand le monde vacille,
• incarner ce que l’on croit.
Alors, sans le vouloir, on éclaire.
Comme un astre.
Simplement parce que c’est sa nature.
Nathalie