17/02/2026
Je viens de le refermer…
Et je ne peux pas ne pas le recommander…
Parmi les passages les plus pertinents et percutants :
« Nous disions que le pardon n'est pas du tout un but en soi.
Il sert à quelque chose, et c'est l'Évangile lui-même qui le dit: il sert à ME libérer. »
« La réponse de Jésus peut paraître absurde : pas question de grandir ni même d'entrer dans ce royaume si l'on refuse de prendre AVEC SOI «l'enfant abaissé », AVANT TOUT CELUI QUE CHACUN PORTE EN SOI. »
Beaucoup s'y trompent : croyant lâcher l'offense de jadis, ils lâchent l'enfant meurtri en eux.
Si je décide d'« accueillir un seul enfant tel que celui-ci » (ne serait-ce que celui qui en moi appelle encore à l'aide), c'est le tout Autre que j'accueille - dans l'extrême impuissance, car que puis-je aujourd'hui pour cet enfant « abaissé », sinon pleurer avec lui ? »
« Autant je suis complètement innocent-e par rapport au mal qu'on m'a fait, autant j'ai l'entière responsabilité de ce que j'en fais : mon aujourd'hui est libre et mon avenir n'est pas voué à la fatalité.
Cela va même plus loin : plus je renoue avec l'enfant impuissant en moi, plus grandit mon sens de la responsabilité ; je perçois en moi l'adulte qui veut se donner les moyens de ne pas causer à son tour souffrance et injustice. »
« J’ai cessé de m'accuser de ce qui m'est arrivé. J'ai également renoncé à me croire parfait-e sous prétexte que j'ai été victime d'une injustice.
Je découvre peu à peu la richesse du sentiment de RESPONSABILITÉ.
C'est RASSURANT : je ne suis pas responsable du monde entier, mais seulement de MA « réponse » au mal que j'ai subi. C'est relatif.
[…] Enfin, c'est constructif : MA « réponse » posée, réfléchie, mûrie me fait accéder à MON identité propre.
Personne d'autre que moi ne saurait comment « répondre » à ce que je suis seul-e à avoir subi. »
« Il s'agit cependant de dire ma vérité au bon moment. »
« Oui, ne serait-ce qu'à titre de test : si mon conscient me dit que j'ai « laissé aller » alors que je redoute encore de dire ma vérité - d'être moi-même face à l'offenseur -, ma peur est bien l'indice d'un reste de dépendance.
Je ne suis pas encore tout à fait libre face à lui, pas complètement unifié-e. »
« Le reproche (la parole vraie sur le mal subi) me permet précisément de me libérer de la haine et du besoin de vengeance : au moins j'ai dit ma vérité et retrouvé ma dignité à mes propres yeux. »
« Mais moi-même, je l'ai expérimenté : la vérité sur mes blessures et mes dysfonctionnements m'a permis de me trouver moi-même, d'être trouvé-e par le tout Autre infiniment bienveillant. N'est-ce pas une perche en or que je tends à mon offenseur?
Il peut ne pas la saisir ?
Cela lui appartient.
Mais moi, je reste en paix avec moi-même, sans rougir du cadeau que je lui ai fait. »
« On ne le dira jamais assez : c'est la réconciliation avec soi-même qui est déterminante, ce laborieux et souterrain travail de réunification.
Il convient donc de distinguer pardon et réconciliation avec autrui. »
« Je n'ai pas à porter le poids de l'échec d'une relation que l'autre refuse.
Qu'est-ce qui est le mieux « pour toi » ?
De ne plus lutter.
De laisser Dieu s'en occuper. »
« Le meilleur moyen de rester « lié-e » à mon offenseur, dépendant-e de lui, donc privé-e de liberté, n'est-ce pas de continuer à croire la réparation possible ? »
« J’entrevois qu'être innocent-e du mal qu'on m'a fait ne me rend pas nécessairement parfait-e.
Je me sens de plus en plus appartenir au commun des mortels.
J'avoue ne pas vraiment savoir de quoi je serais capable, en mal comme en bien, dans certaines circonstances. »
« Jésus comme pour rappeler que, la vie étant courte, mieux vaut ne pas remettre à demain ou après-demain ce que tu regretteras de ne pas avoir fait si l'autre meurt à l'improviste.
Cela arrive si souvent: « On n'a pas eu le temps de s'expliquer. »
L'urgence de la relation, c'est l'urgence de la vie, tant que vous êtes encore en vie tous les deux, pour éviter le tourment des survivants.
Mais il n'est pas question, ici non plus, d'être volontariste.
Ton offenseur reste ton offenseur, ou « ton adversaire », dit Jésus pour qui LA VÉRITÉ INTERDIT de recouvrir artificiellement la relation d'une couche de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».
« « Être bien-pensant'» = 1. Terme unique dans tout le Nouveau Testament, qui indique une attitude tout à fait... unique, propre à chacun, et interdit toute recette de réconciliation ! »
« Le commandement introuvable » : L’invitation à se réconcilier implique-t-elle qu'on doive fréquenter tout le monde?
Certainement pas.
Aucun passage biblique ne semble aller dans ce sens.
Au contraire, le récit des retrouvailles entre Jacob et Ésaü paraît indiquer clairement que personne n'est condamné à vivre avec personne. »
« Comment l'infinie BIENVEILLANCE pourrait-elle CONTRAINDRE un être humain à vivre avec quelqu'un, à le côtoyer continuellement ? »
Ces passages sont issus du dernier tiers de ce petit et non moins passionnant ouvrage, mais il y en a bien d’autres très éclairants, dont un chapitre sur la colère particulièrement lucide et humain.
Avec Lytta Basset, on quitte le monde de la religion psychorigide tout autant que celui du développement spirituel perché, complètement déconnectés de notre réalité de chair, d’émotions, de pensées, de mémoires explicites (accessibles par la volonté, conscientes) ET implicites (inconscientes dont certaines nous resteront inconnues intellectuellement, l’inconscient étant une vaste jungle dont l’exploration restera toujours inachevée tant il y aurait à...)
Laurence Sargenton