08/02/2026
Un phénomène mondial émerge chez les jeunes : le hikikomori.
Ce terme japonais désigne des jeunes qui s’enferment dans leur chambre, avec leurs écrans et n’ont de contacts avec le monde que virtuels.
Lors d’une session sur le thème de la solitude au congrès de l'Encéphale 2026, la Pofesseure Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) explique :
« Il s’agit d’une forme d’auto-sabotage plus involontaire que choisi, sans doute aussi d’une nouvelle forme de transition à l’âge adulte, d’une nouvelle forme de rébellion passive contre les sociétés modernes. C’est un trouble au carrefour du psychologique, du social, du comportemental. Il concerne surtout des jeunes de 15 à 30 ans, plutôt des garçons et en général issus de milieu aisé ".
En 1998, un psychiatre japonais, Tamaki Saito a décrit ce phénomène et tiré la sonnette d’alarme en découvrant qu’il concernerait un million de japonais. Depuis, les études ont montré qu’il touche de nombreux pays, Australie, Brésil, Chine, France, Inde, Italie, Oman, Corée du Sud, Espagne, États-Unis… « Il n’y a pas de chiffres précis pour la France. Mais une mère de famille habitant une riche banlieue parisienne venue me voir en consultation, m’a dit : « Dans notre immeuble, il y en a un à chaque étage. A chaque fois que nous prenons la parole dans les media sur le sujet, nous sommes contactés immédiatement par 400 familles en moyenne », a poursuivi la psychiatre. En France, les NEET (Not Education Employment Training), sans scolarité, sans emploi, sans stage, représentent 12,5% des 15/29 ans. Le mot hikikomori pour les NEET a commencé à être utilisé en 2025. »
Mal être physique, douleurs et négligence corporelle
Les psychiatres distinguent deux types d’hikikomori, le premier dit primaire, représente la moitié des cas et n’est pas associé à une pathologie mentale. Le second dit secondaire, s’inscrit dans le cadre d’une dépression, d’une schizophrénie débutante ou de troubles anxieux.
Le hikikomori se définit par l’isolement d’un jeune à domicile pendant plus de 6 mois, un refus des relations sociales, des liens familiaux restreints aux parents et un rejet des règles et des usages de la vie sociale, associés à un refus de voir un médecin. A cela s’ajoute un mal être physique, des douleurs, une négligence corporelle, des problèmes alimentaires (maigreur ou obésité) des troubles du sommeil (décalage, inversion du rythme), des addictions, Internet, jeux vidéo, cannabis, alcool…
En revanche, il n’y a pas de troubles organiques, psychomoteurs ou autres. Beaucoup de témoignages se ressemblent, les situations sont à peu près les mêmes, à quelques détails près, mais, bien sûr, comme dans toute situation humaine, il y a une singularité pour chacun.