04/26/2026
Nord-Ouest d’Haïti : un territoire oublié qui refuse de mourir en silence.
Par Jean Rodlet Jean Baptiste
Le département du Nord-Ouest d’Haïti incarne aujourd’hui l’une des plus grandes contradictions nationales : une terre riche de potentiel, mais profondément humiliée et abandonnée par l’État central. Depuis des décennies, cette région est reléguée au second plan, comme si ses habitants ne faisaient pas partie intégrante de la République. Pourtant, derrière cette marginalisation chronique se cache une population résiliente, attachée à son territoire et porteuse d’un avenir encore possible.
La situation des infrastructures y est tout simplement alarmante. La route reliant Bogne-Anse à Foleur est dans un état de délabrement avancé. Circuler sur cet axe relève du parcours du combattant, mettant en danger la vie des citoyens au quotidien. Dans ces conditions, parler d’accès aux services de base devient presque une illusion. Aucune intervention d’urgence n’est véritablement possible : ni ambulance, ni transport rapide, ni évacuation médicale efficace. C’est une condamnation silencieuse à la précarité et, parfois, à la mort.
Dans le Bas Nord-Ouest, la détresse est tout aussi palpable. L’isolement géographique s’ajoute à une insécurité grandissante. À Ti Bois d’Homme, certaines zones sont désormais sous l’emprise de groupes armés, transformant des espaces de vie en territoires de peur. Cette réalité accentue l’abandon ressenti par la population, livrée à elle-même sans protection ni encadrement de l’État.
À cela s’ajoute un déficit criant d’infrastructures stratégiques. Le département ne dispose ni de piste d’atterrissage fonctionnelle ni de port moderne capable de soutenir son développement économique. Pourtant, le Nord-Ouest compte une diaspora importante, prête à investir et à contribuer à son essor. Mais comment mobiliser ces ressources quand débarquer un bateau à Port-de-Paix coûte jusqu’à 22 millions de gourdes taxé par l’État dans un département mépriser? Ce coût exorbitant est un frein direct à toute initiative économique, un verrou qui étouffe les ambitions locales.
Et pourtant, le Nord-Ouest regorge de richesses inexploitées. Ses côtes offrent un potentiel touristique exceptionnel. Ses terres, malgré les défis climatiques, peuvent soutenir une agriculture durable. Sa jeunesse est dynamique, engagée, prête à bâtir. Mais sans routes, sans sécurité, sans infrastructures de base, ce potentiel reste prisonnier d’un système qui ignore ses propres périphéries.
Ce constat est un scandale national. Il interpelle la conscience collective et met en lumière une injustice territoriale profonde. Le Nord-Ouest ne demande pas la charité, mais le respect de ses droits fondamentaux : accès aux services, sécurité, mobilité, opportunités économiques.
Il est temps que l’État haïtien prenne ses responsabilités. Il est temps d’agir avec urgence, de planifier avec vision et d’investir avec équité. Le Nord-Ouest ne peut plus attendre. Chaque jour d’inaction est une blessure de plus infligée à une population déjà éprouvée.
Ce cri n’est pas seulement une dénonciation. C’est un appel à la solidarité nationale, à la justice territoriale et à la dignité humaine. Le Nord-Ouest d’Haïti mérite mieux. Et il est encore temps d’agir.